jeudi 20 février 2014

DYNASTIE



j'ai appris très tôt qu'il fallait marcher légèrement dans l'herbe pour ne pas accidenter un insecte

une mouche peut toujours tourner hystériquement autour de mon scotch - elle n'a pas une chance de se suicider devant moi

j'ai hérité de mon père

il plaquait tout pour courir au secours d'une guêpe naufragée dans un verre de jus d'orange, ardent comme un mousquetaire, armé d'une paille ou d'un coin de mouchoir

on descendait ensemble, la nuit, pour nourrir un rat nerveux qui se terrait dans la cave:

"n'a-t-il pas faim, lui aussi?" lançait mon père à la grille rouillée de la cave, interrogeant à travers elle Abraham, le plafond de la chapelle Sixtine et les galaxies

toute détresse, humaine ou animale le ravageait instantanément - il fallait à tout prix, tout de suite consoler, repêcher, sauver

d'ailleurs, c'est comme ça qu'il s'est ruiné

il était censé gérer un magasin de prêt-à-porter dans une rue fashionable - rien que de très normal pour un violoniste virtuose qui parlait 7 langues et lisait l'araméen comme on survole  un menu

mais derrière la rue élégante, il y avait une petite rue glauque avec des bars bizarres et des prostituées perchées sur une patte comme des flamands

mon père les interviewait une à une dans un tout petit bar qui contenait 3 chaises en chrome, dans l'espoir de les décoller de leur lopin de trottoir 

il les questionnait avec une délicatesse infinie, il discutait passionnément avec elles, chaleureux, éloquent et drôle - le cœur en écharpe devant son coca

...pendant que je faisais des bulles dans mon milk shake et que, dans la belle rue classe derrière le bar, la vendeuse s'endormait sur sa lime à ongles au fond du magasin désert

je devais avoir 4 ou 5 ans quand il m'a expliqué que la lumière voyageait à toute vitesse, pourquoi la tête du Golem frôlait les toits quand il marchait la nuit dans les rues des villes, et ce qui faisait cavaler Caïn au milieu des tempêtes

et, bien sûr, comment Einstein démontait le temps, les super pouvoirs des vers luisants, le cri ébloui d'Archimède, le physique spécial des cyclopes, l'essence de la courtoisie (Messieurs les anglais, tirez les premiers)

le temps était en suspens dans l'air comme une mouette - Beethoven et Mendelssohn s'échevelaient sur le violon, Lamartine se frappait la poitrine au bord de son lac

le microscope révélait des extraterrestres multicolores qui naviguaient dans des plaques de verre - c'était Stargate, la porte noire des étoiles

le temps, les mondes, l'inconnu - tous les univers me palpitaient dessus


mon père a des comptes à me rendre: ça continue





vendredi 7 février 2014

LADIES AND GENTLEMEN...



je me fous d'être mal vue - ce qui d'ailleurs ne risque pas de m'arriver parce que je suis invisible sur Facebook

j'ai essayé de poster l'extraordinaire portrait de François Hollande en couverture du Time - j'étais tellement scandalisée de l'air profond que le photographe lui avait donné que je suis tombée dans le sarcasme:

"ce regard visionnaire, insondable et lointain, cette bouche silencieuse et pensive, ce visage sobrement déterminé de grand leader... "

ça ne m'a pas suffi - il a fallu que je ramène Lamartine qui, comme toujours faisait de la barque sur son lac:

"Ô temps, suspends ton vol... "

j'ai failli coller toute la strophe:

"Ô temps ! suspends ton vol
et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !"

finalement, j'ai posté la photo (inouïe), le sarcasme et un seul soupir de Lamartine

et puis j'ai contemplé cette sortie sur ma page - c'était pathétique 

et, pour moi que la vulgarité laisse sonnée, c'était pire que vulgaire
 
surtout à cause du sujet

et aussi de mon impuissance à réagir avec humour 

...l'humour - ce déchaînement dansant, virtuose et fou, cette aristocratie de l'esprit qui peut fuser à des kilomètres lumière de la vie et de la mort - l'humour me fait battre le cœur

j'ai tout viré 

je n'y peux rien - Hollande me tétanise 

et Facebook me rend imbécile

ce qui fait encore un texte à la poubelle, écrit sur le ventre du temps que je viens de tuer

and that, Ladies and Gentlemen... 

that's it





 
















samedi 1 février 2014

ARCHÉOLOGIE



au début étaient les dîners de Pâques  

pardon pour avoir écrit le mot Pâques, qui peut froisser certaines sensibilités

mais en ce temps-là, c'était Pâques, ou le Seder

les dinosaures venaient de s'éteindre

était sortie de l'écume de la mer une petite cousine fine comme une algue, avec le sens de l'honneur d'un croisé

je flirtais avec le néant

lui et moi, on faisait la fête 

c'était Avant 




mercredi 29 janvier 2014

LA SORTIE DES TÉNÈBRES

(la Théorie des Genres)


le créationnisme est une pensée féconde, qui a fait des disciples fervents dans certaines classes sociales aux U.S.

selon ses théoriciens, la planète n'existe pas depuis 4 milliards 600 millions d'années,  comme le prétendent les escrocs de la science - qui se mêlent,  en outre, de dater le vague espace inintéressant autour de la terre à 15 milliards d'années

d’après eux, le monde tel nous le connaissons est né, en fait,  il y a  2013 ans

et le Big Bang est un sombre bobard

les paléontologues brumeux, les fétichistes qui se disent archéologues, les biochimistes d’occasion, les soi-disant astrophysiciens et autres lurons – tous les fouilleurs de ruines, les gratte-terre, les microscopes addicts, les hébétés devant un nuage et les psychotiques avec leur lunette fourrée dans les étoiles - sont des clowns dangereux

ainsi, les morceaux de vases, les poussière d'os et divers vieux cailloux qu'on pourrait trouver dans la terre datent au maximum de 2 millénaires

les pharaons d’Égypte ont probablement prospéré au Moyen Âge, les romains un peu avant Louis XIV et les philosophes grecs dans une période plus floue -  peut-être entre 1017 et 1802

en France, on est beaucoup plus créatif 

le pays de la liberté ne tolère pas l'obscurantisme

on s'attaque  de plein fouet à un énorme et lamentable canular : le processus de la reproduction  - avec ses notions bornées et ses Implications catastrophiques sur l'humanité

en effet, tout acte de reproduction implique une donnée de base: la différence des sexes

please…  la différence des sexes !

une hérésie inventée par des néanderthaliens ou des australopithèques à l'esprit malade, et qui abêtit la race (pardon) humaine  depuis plus de 6 millions années

il était temps d'éclairer le monde et de ramener à la raison ses 7 (ou 8) milliards d'habitants

homme et femme sont identiques, à quelques détails (insignifiants) près  

c’est cette évidence que la Théorie des Genres va enfin rétablir

des milliers d'ignares, aveuglés par leurs convictions hétérosexuelles, vont évidemment s’accrocher désespérément à ces détails pour soutenir leur thèse débile de la dualité des sexes - un entêtement qui  dure depuis la chasse au mammouth, et au-delà (homo erectus)

mais les socialistes, dans leur ampleur de vues, rectifient enfin cette déviance de l’humanité

penseurs profonds et valeureux, intellects brillants,  il savent qu’il faut prendre le mal à la racine,  c'est-à-dire veiller sur les très jeunes enfants avant que leurs parents ne leur inculquent des vues  barbares, vieilles et usées comme le monde, sur la différence des sexes

rédempteurs, ils décrètent l'enseignement dans les écoles de la Théorie des Genres

une appellation pleine de tact, car il s'agit,  en fait,  d'une révélation, d’un fulgurant retour au réel – c’est à dire à la réalité du sexe unique

les enfants sauvés de la corruption parentale pourront ainsi faire  leur coming out pratiquement dès la maternelle

c'est la sortie des ténèbres

les hétérossexuels et leurs conceptions baveuses, obsolète, leur penis envy et leurs vagins bavards seront  bientôt marginalisés

c'est   leur tour

il est grand temps qu'ils récoltent, comme disaient les anglais au début du siècle, leur « comeuppance » - autrement dit ce qui leur pendait au nez,  pour ne pas dire ailleurs

aux harpies hétéros, maintenant, de faire la queue devant les maternités pendant que les hommes nouveaux, enfin rentrés dans leurs droits,  accoucheront dans une éprouvette

aux terroristes machos d'aller chercher des cafés et de faire des photocopies pour  les nouvelles amazones de la haute finance

…aux grandes marques de prêt à porter de laisser Abercrombie and Fitch ramper dans la poussière des musées - et de déchaîner leur créativité sur l'immense marché du One Sex Only

à pensée unique, sexe logique






précision à tout hasard :     

l'homosexualité ne m’a jamais posé de problème – elle est, pour moi, à sa manière, l'expression d'une liberté sans laquelle on ne peut pas vivre

mais il y a des moments ou l'incontinence des imbéciles  et leurs solutions finales me suffoquent





jeudi 2 janvier 2014

LETTONIE: LE BONHEUR


réveillon, champagne

et lendemains 

pendant que les anglais - qui, comme chacun sait, sont des arrièrés et des bornés - continuent à roupiller sur leur livre poussiéreuse, complètement indifférents à la puissance d'une monnaie vraiment unique 

pendant que la France continue à danser, légère, réenchantée - et audacieusement déplumée - au bal permanent des impôts

...les lettons, eux, se réveillent avec 3 confettis sur le nez dans la lumière majestueuse de l'euro


il y a des empêcheurs de rêver en rond qui vous feront des remarques limite vulgaires - genre:

ah oui...??
avant, une boîte de kleenex coûtait 1 franc 50
l'euro est tombé comme une météorite sur d'innocents dinosaures
et la boîte de kleenex est passée à 1 euro 50, soit 10 francs
et personne ne dit rien??

avant, une augmentation de 5 centimes au parcmètre soulevait une tempête d'indignation
mais l'euro est arrivé - et tout le monde est passé à la tonte dans un silence religieux
qu'est-ce qui s'est passé??


triste langage, esprits mornes, vision mesquine

l'euro est une monnaie sans réplique, qui rase vite, net - et laisse les poches lisses

avant, les gens se croyaient tout permis avec leur portefeuille

avec l'euro, fin du chaos


d'ailleurs on est tous transfigurés, particulièrement en France - où, sous l'égide d'un leader virtuose, nous nous dépouillons saintement chaque jour de tout centime en trop, de tout euro qui pourrait nous peser

un paradis sélect, en quelque sorte, où nous accueillons aujourd'hui la Lettonie 

bonne année, les lettons








samedi 28 décembre 2013

FOSSIL SONG


à propos d'un article dans Haaretz:  "Why Israelis should celebrate the New Year"

By Yossi Klein
Published 08:00 27.12.13

("The world celebrates and we stand on the sidelines with our hands in our pockets."

"Holing up and guarding the gates is tiring. A festive meal for 700 shekels does not make up for the great effort expended in protecting the fortress from enemies that want to kill us and from a culture that might bewitch us.")



FOSSIL SONG



if Israel did not guard its gates - then we would all be holing up 

again

as a Diasporean Jew, I have seen - I keep seeing - the resonance of Israel in our lives

Israel almost healed the grievously wounded souls of all my family, of all the Jews I know

almost - because we travel with our nightmares 

Israel resurrected us - all of us, the socially charming and secretly panicking, the exhausted, the desperately witty, the flashy, the routinely anxious 

we could stand upright again and hold high our genetic headaches

we, of the perpetually wandering minds - we had a roof on earth

something like a an echo of Jericho was shivering through our lives

the harried of the world had turned warriors 

the Zohar remained  a treasure, Schopenhauer a philosophical suspense, but  the art of war had come to us 

and the art of living was a discovery


yet I understand that Israel has a different gravity, that it has generated a new species of hurried bustling Jews - whom this essay describes as a people of easily bored tourists, balking at all things foreign, their own Jewishness included

here in this old worn out world, we still have a tendency to rush, ecstatically unprotected and bewitched beforehand (enchantés d'avance) into Christian culture - among others

so we of the other worlds, would be fossils?


of course, Israel should be dancing and popping champagne corks on New Year's Eve 

and I love Michelangelo 

let him who stands dense and gaping in front of a Pieta in Florence and who thinks King Lear is a brand of cereals

let him cast the first stone













mercredi 4 décembre 2013

MELECH HA OLAM


à Dani



ça, c'est une photo prise sur le mont Sinaï:  l'index divin, saisi au moment où il émerge du buisson ardent, désigne les Tables de la Loi et trace dans l'air brûlant les futures migraines qui allaient tomber sur les têtes des hébreux 

ceux-là savaient vaguement qu'ils étaient élus - mais ils n'avaient pas encore très bien compris ce que ça impliquait

ils attendaient en bas, les pauvres, assis sur les miettes du veau d'or 

...la seule distraction qu'il s'étaient trouvée dans cet interminable trekking depuis la gueule ouverte de la mer Rouge vers un hypothétique Chanaan et un avenir de rois bizarres

des rois qui allaient réenchanter leur rêve à leur manière (on sait maintenant ce que ça veut dire) 

...par exemple en proposant de couper des bébés en deux, en massacrant des géants autistes à coups de cailloux, en chantant des psaumes éplorés sur les terrasses nocturnes de Jerusalem, et, aussitôt après, en expédiant ad patres des généraux gênants pour baiser leur femme

on connaît la suite - les babyloniens, les romains, l'incendiaire Isabelle (qui, comme quelqu'un que je ne nommerai pas avait le génie de l'impôt - à cette différence qu'elle le raflait sur les bûchers tandis notre contemporain, à court d'idées, après avoir tout pompé, des poches jusqu'aux cigarettes, se rabat maintenant sur les pénis solitaires)

pardon, je digresse 

après Isabelle (que no me manca) il y a eu les cosaques, créatifs et météoriques, qui flambaient un village comme on flambe une omelette

et, sur tous les continents, de nombreux artistes qui aplatissaient sur les murs les ressortissants du peuple élu comme des graffitis

jusqu'au génie industriel du 20ème siècle, à l'inoubliable visage traversé d'une balayette hautement symbolique (= du balai) - qui, lui s'est chargé intégralement du peuple élu, l'a reconverti en matière première (et dernière) et en a fait un objectif unique de rendement

la suite de l'histoire des élus - de ces auréolés par le feu du Sinaï, de ces crânes régulièrement sonnés à coups de Table de la Loi - est connue, elle aussi:

Exodus, des orangers dans le désert, des juifs en treillis, en armes, que le monde - si longtemps content de ses juifs (comme on l'est d'un gibier dans son parc) - n'arrive plus à reconnaître

ces dissidents ont remis leur destin à l'heure

ils ne sont plus du tout d'accord pour se faire massacrer en murmurant baruch ata Adonaï, tandis que leurs larmes gèlent sur leur visage et que les pans de de leurs grands manteaux noirs claquent dans le vent au bord des fosses communes

ils ont changé d'avis 

vivent les Tables de la Loi, 5774 ans de souvenirs et le reflet ardent du Sinaï - ils chantent toujours sur leurs terrasses nocturnes, ils sont toujours amoureux de l'Inconnu qui réside dans le ciel, ils sont d'une gaité inouïe, leurs violons pleurent et dansent depuis des millénaires 

ils vivent sur une virgule au centre d'une poudrière,  peuple ressuscité, doué - et dangereux à déranger - impossible à balayer dans la mer ou ailleurs

alors on ne sait plus très bien dans quelle direction pointe cet index que tu as photographié sur le mont Sinaï 

personnellement, je soupçonne une nouvelle migraine 

Eloheinu  melech ha olam - Dieu n'abandonne pas