lundi 22 décembre 2014

DÉSARROI

 
juillet

je suis tellement sonnée par cette guerre, je ne sais plus que je fais - je poste, je dé-poste, je lis, je bouillonne, j'ai toutes les explications possibles et imaginables,  je connais le Hamas et son organisation de la mort sur le bout des doigts, je ne comprends plus cette mare de sang qui s'élargit à Gaza, chaque soldat israélien qui meurt m'étouffe le cœur, je ne sais plus pourquoi Israël a toujours besoin de se battre pour ne pas se laisser rayer de la carte - et je le sais trop bien, je vois béer en France une soif hallucinante de lynchage des juifs et je sais exactement de quel néant elle surgit - et je ne comprends plus comment je supporte ce que je sais

à l'ONU siègent les plus grands meurtriers du globe drapés dans la Défense des Droits de l'Homme, ils sont solennels et unanimes: Israël au bûcher pour crimes de guerre - pour crime de vivre

et je me dis que c'est la routine, que le grotesque règne - la France est régie par une pantomime, on pend en Iran, on massacre en Iraq, en Syrie on patauge dans des milliers cadavres - je sens Israël ramassé, frémissant comme un fauve cerné, je sais qu'Israël se battra à mort, je vois vibrer autour de la planète le lien extraordinaire, indestructible qui unit le peuple juif - et ce lien m'attrape au vol, m'enlace à chaque pas que je fais, je ne suis plus propriétaire de moi

je sais qu'il nous a fallu près de de 6000 ans pour perdre patience, que c'est arrivé, que c'est irréversible - pourquoi est-ce que j'en sais trop, comme si un coursier venu du Jardin de l'Eden m'avait remis en mains propres le programme du futur?  tout me saute au visage, des évidences irrespirables

et j'écris, je barre, je poste, je vire, je cours au Doliprane,  je me fais la morale,  je mange mes cigarettes en sandwich, je m'insulte, je me ris au nez 

puis je trébuche dans une vidéo, j'entends quelqu'un s'exaspérer du sempiternel traitement réservé à Israël et je m'aperçois que je suis soudain en larmes

je ne suis plus équipée pour entendre quelqu'un nous aimer





dimanche 14 décembre 2014

APPARITION



14 décembre - 11 heures
je ne sais pas où fuir pour ne pas faire ce que j'ai à faire
je traîne provisoirement devant BFM TV -  il est question de nouveaux radars double face avec déclics photo implacables sur l'avant et l'arrière des voitures

interviews d'automobilistes, votre réaction? qu'est-ce que vous en pensez ?
gros plans sur des visages de conducteurs, nez levés, vitres de voiture baissées, regards j'en-ai-marre-je-m'en fous, ronrons neutres: oui-bon-bof, ça-fait-beaucoup, code de la route, dura lex...

à ce stade j'ai glissé dans un état comateux, je n'entends même plus hurler mon agenda sur le bureau - c'est quelque chose comme la félicité de l'ennui parfait

interview suivante, même regard sans horizon, même ronron, 3 clichés marmonnés
séisme 
je tombe du divan, les yeux immenses
je ne rêve pas
celui-là porte un bonnet noir enfoncé jusqu'aux tempes et une écharpe à franges, carrelée noire et blanche style Hamas-Jihad, enroulée en tourbillon sous le menton

c'est comme un vertige
où est son drapeau noir? sa Kalashnikov? où est le cadavre qui a roulé contre sa pédale d'accélérateur? qu'est-ce qu'il a fait de sa collection de têtes sur la banquette arrière? pourquoi on ne l'entend pas vocaliser "mort aux juifs"??

mais on est déjà passé à François Hollande en pleine présidence visionnaire, blouse blanche et regard pensif, flânant entre des haies de cadavres de bœufs  
je suis hallucinée
j'ai vu passer un automobiliste comme les autres
dans la tenue normale du terroriste qui s'assume
avec un regard sur les radars
et un "bof" à lâcher dans un micro télé 

un citoyen 




dimanche 7 décembre 2014

HAUTE MER


si je m'assieds au bord de la salle de bain
je n'ose pas penser à ce qui pourrait s'échouer
dans un porte-savon
ici la banquise s'évanouit jusque sur les tapis
et le Titanic heurte régulièrement un glaçon
avant de sombrer dans mon scotch

mayday





QUAND MÊME


on est des poètes

on s'est trouvé un père en plein ciel, on a ouvert une mer comme une grenade, effondré un mur en 3 notes de jazz, dialogué avec une montagne, chanté, créé, écrit contre vents et marées - dans le ravissement ininterrompu de cette voix qui nous tombait des nuages

(et qui nous a pas mal étourdis)

on est des vétérans de l'enfer

on a traversé l'Histoire - et sa gueule béante de crocodile - comme des acrobates, faufilés de stetls en Judenstrasse, voûtés, discrets, terrifiés, indomptables, avec des violons magiciens et des sourires iconoclastes

on a même émergé, frissonnants, blancs comme des nénuphars - et invaincus - des eaux sanglantes de la Shoah 

on est des athlètes 






lundi 24 novembre 2014

JIHADI JOHN - November



   Verlaine, qui était en taule pour avoir agressé Rimbaud, regardait mélancoliquement par la fenêtre de sa cellule
   il remarquait que le ciel était si bleu si calme et que la vie était là, simple et tranquille

   ce n'est pas mon cas
je trouve la vie incompréhensible - et le ciel pollué

   je ne comprends absolument pas que personne ne comprenne - entre autres - l'attraction du Jihad et qu'on se perde en conjectures sur des kilomètres de télé 

   enfin...
entre traîner devant des HLMs de banlieue, pointer en bâillant à Pôle Emploi, bouffer du shit payé avec un sac arraché de vieille dame, rôder au crépuscule à la recherche d'une voiture à cramer ou d'un ado à terroriser - et n'être personne jamais, nobody, no one, nulle part

   entre étouffer de rage et de frustration, vociférer dans le vide, traîner perpétuellement avec son gang de nuls dans la périphérie de la vie, en attendant la prochaine manif, peu importe le prétexte, pour se cagouler - comme ces bourreaux excitants du Jihad qui ont le pouvoir de vie et de mort sur des êtres humains civilisés (ceux-là mêmes qui osent vivre quand les autres se font chier)

   pour arborer une écharpe à carreaux noirs et blancs en l'honneur du Hamas qui, lui, sait foutre le feu au ciel et défoncer des vies (mort à ces salopards de n'importe qui et de juifs pour commencer)

   et une fois équipé, se défouler en massacrant des vitrines, en pillant tout sur son passage et - oh, joie si rare dans une vie si terne - en se flambant un flic ou deux au cocktail Molotov

   et puis... retomber dans le gris des jours, les horizons morts, les quartiers moches, deux ou trois rapines, les imprécations de routine, la brûlure de la rage, l'insignifiance - le vertige de n'être personne 

   entre ça
et débarquer en gladiateur, avec un nouveau Dieu dans sa poche, dans un jeu vidéo géant
   vivre le couteau à la main comme un Dark Vador sous le drapeau noir qui terrorise la planète  

   et appartenir - être membre d'un clan lié par le noir et le sang, faire partie d'un groupe magique qui vous informe que vous n'êtes plus le minable en fin de droits de Pôle Emploi mais un guerrier de Dieu recruté par Dieu lui-même

   avec licence, liberté, encouragement, reconnaissance, applaudissements, récompense de chaque meurtre (là où on se ferait mettre en garde à vue, traiter comme une ordure et fourrer en cage pour des dizaines d'années en France)

   et assassiner jusqu'à plus soif, massacrer à la chaîne, égorger devant des caméras comme une star de Hollywood, sentir dans la paume de sa main le désespoir et la terreur de sa victime, savourer  la vie qui coule sous son couteau et le goût de la mort

   on peut toujours écumer les coins les plus pourris dans sa banlieue natale pour trouver le centième, le millième d'un tel magistral shoot d'adrénaline

   tueries. carnage, jeux de quilles humains, selfies devant les fosses communes, viols à volonté - pas de pétasses qui la ramènent, mais des esclaves à peine pubères qu'on peut embrocher jusqu'aux sourcils, rosser ou mutiler selon son bon plaisir

   être enfin - impérialement
exister par la mort des autres, par la souffrance infligée, par la distribution de l'horreur
   guerroyer, comme au Moyen Âge, s'enivrer de jouer sa vie et s'empiffrer de meurtres 

   quand on n'est pas capable de vivre, on peut toujours tuer - il suffit que quelqu'un vous vende un prétexte

   alors... analyser à perte de vue les raisons qui poussent des jeunes gens à s'enrôler dans le Jihad - autant débattre non-stop à l'heure des infos des raisons pour lesquelles il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade

   au lieu de se demander interminablement pour quels motifs un "jeune" peut préférer être terrifiant, barbu et plein de sang, avec un Dieu dans son camp que vague, traînard, fauché, bâillant et insignifiant dans le no future de son quartier

   alors oui - le ciel est par-dessus le toit, si cool, si sanglant

   et le silence long des morts
et le bavardage infernal des vivants
blessent mon cœur
d'une stupéfaction monotone 





24 novembre 2014

samedi 22 novembre 2014

INCOMMUNICABILITÉ


au fond, j'ai une âme d'astronaute

je fais tout le temps des trucs dans le vide - quand j'ai vu Gravity, j'étais dans ma patrie, entre noir sidéral, étoiles et vertige

je spirale dans l'espace, je valse dans la poussière du temps - j'ai un deal avec le destin

je réalise maintenant au bout d'une vie de perplexité, que dès j'ouvre la bouche, je parle latin

ou précolombien, ou extraterrestre - je vois des zébrures dans les yeux des gens

si j'émettais des pixels ou des ronds de fumée, ou des idéogrammes du XVIe siècle japonais, ou peut être des chiffres binaires, ou trois spirales d'ADN avec des boules clignotantes

je serais mieux comprise 

alors évidemment, quand on me répond, ça tombe à côté - plouf, crash, flop - j'ai l'impression qu'on me tend des vieux tickets de bus ou des papiers froissés, ou un morceau d'horoscope

et comme tous les gens perdus, je cherche désespérément un traducteur du regard 

mais il n'y a pas un chat, il n'y a pas une ombre, pas un fantôme, pas un archéologue, pas un pilote de vaisseau spatial qui parle ma langue




vendredi 21 novembre 2014

CERISES


là, ça y est
j'ai fait comme Alexis Zorba avec les cerises
Il n'en pouvait plus de son addiction aux cerises
alors, un jour il s'est assis sur le bord de la route et il en a mangé des paniers entiers

après quoi il a été si violemment malade que, depuis ce jour-là, il lui a suffi de voir une cerise pour tourner de l'œil

là, depuis hier, j'ai mangé, gobé, bâfré, fumé du Facebook 

effectivement, je me sens bizarre

j'attends avec espoir le jour où la vue d'un F me fera tourner de l'œil