je suis venue, j'ai vu, j'ai tourné, je suis descendue avec une loupe dans tous les enfers connus, j'ai exploré mais tout était familier, j'ai tout reconnu - j'ai émergé sonnée, avec quelque chose comme une étoile sur le nez, je me suis demandé si c'était un genre de larme, si quelqu'un m'avait frôlée mais pas du tout, no way - je me suis relue, j'ai essayé de m'intéresser à ce que je disais, mais je me suis snobbée, je n'avais pas envie de discuter - j'ai fait un tas d'allers et retours, j'ai croisé une foule de reflets dépoitraillés terriblement intimes et soudain j'ai vu quelqu'un de très mince, gracieux, un peu effrayant qui se balançait en rythme sur un rocking-chair et qui riait silencieusement - ça m'a déstabilisée, j'ai cherché mon cactus habituel, il avait dû tomber dans un trou noir, et puis j'ai vu cette mer ancienne toute incrustée de sel qui se rétrécissait dans le désert, minéralisée dans sa collerette et ses diamants comme la première Elisabeth d'Angleterre, un oiseau en deuil volait au-dessus d'elle - j'étais perdue dans une galaxie de temps, il y en avait un qui me talonnait, c'était le Temps de Rentrer, j'ai pris mon élan et j'ai réussi à plonger dans le présent, j'ai atterri ébouriffée, j'ai tenté de dévisager un réveil mais c'était comme dans la Chanson du Mal Aimé: "le regard qu'il me jeta me fit baisser les yeux de honte"
là, j'ai senti que je n'aurais pas droit à une seule vocalise - ni des murènes ni des sirènes

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