mardi 28 octobre 2014

LIKE TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME


je ne sais plus quand, c'était en 2012 ou en 937 BC, j'ai assiégé mes amis gourous en web et en numérique avec des questions sur les réseaux sociaux

j'avais l'intention de tenir un blog, j'ai un style, et un esprit trop solitaire pour ne pas être original - j'étais sûre que par Facebook et Twitter j'allais toucher plein de gens qui me liraient

bref, j'entendais déjà les clochettes du Père Noël et pom pom pom sur les nuages, les sabots des courageux rennes qui se tapent la traversée du ciel

2014
si Jonas s'est sorti du ventre de la baleine parce que le Tout Puissant avait un job pour lui, moi je suis en rade, en flaque, intégralement liquéfiée dans l'oesophage de Facebook 

mon ego, qui était déjà fragile, a été instantanément processed, aplati net, goudronné par les rouleaux compresseurs d'indifférence qui lui sont passés dessus - il ne me manque que les plumes pour finir comme les tricheurs dans Lucky Luke, virée de Web City, à cheval sur un rail, chamarrée de noir et aussi empanachée qu'une volaille primée 

quant à Twitter... ç'a été relativement rapide, j'ai pépié trois trucs, un peu vocalisé en anglais - et soudain, la collision, l'ennui total: j'ai bâillé à me décrocher le cœur, à m'ouvrir les flancs comme le Titanic sur son iceberg, et coulé tout de suite, corps et biens

en plus j'ai failli devenir sourde, il y avait des tsunamis de news, des milliards de voix qui péroraient, couinaient, ricanaient ou pontifiaient de tous les côtés - alors, les rares mots que j'ai pipés dans mon coin... c'est comme si une fourmi tapait des pattes pour se faire entendre dans un chœur de Verdi 

out of Twitter, d'accord - comme Meryl Streep loin de l'Afrique, j'ai emporté mes larmes d'ennui, ma nostalgie d'être et je suis allée me faire bouleverser ailleurs

mais Facebook, c'est une autre histoire, c'est addictif, on se faufilerait la nuit au coin d'un immeuble louche pour se payer son shoot, sa dose de remous

résultat: je suis scotchée au bord de ce réseau dans une obscurité douteuse, comme un SDF, une ombre fossile, un fantôme spatial, cables flotteurs, déconnecté

de temps en temps, je fais tinter 3 lignes, un écho ou une photo dans le silence, juste pour m'assurer que je ne suis pas en train de tourner terminalement dans le noir comme George Clooney dans Gravity

un an de retraite dans un monastère n'aurait pas pu m'apprendre ce que Facebook m'a enseigné:

sois pieuse, like ton prochain, prie sur YouTube, remercie le ciel d'avoir un profil quelque part, poste tes selfies, et ferme-la

coachée comme nulle part ailleurs, j'ai fini par accepter mon destin - je me suis installée sous un cactus dans le désert et je trace vaguement des trucs dans le sable

je n'attends rien - quand je serai fatiguée, je trekkerai mon retour vers la civilisation et un tall scotch 

et là...
je me laisserai flamber. saisir, brûler jusqu'aux cheveux par cet étrange rire silencieux qui vous traverse comme un coup de foudre, vous dessine en lumière  dans l'espace

et qui, en une seconde de renaissance, vous fait consentir à tout, à la danse, à l'humour, au délire, à la solitude moqueuse, vertigineuse d'être exilé dans sa peau depuis l'Eden 

...quand tous les spermatozoïdes d'Adam se sont fait virer en bloc, ce qui fait maintenant 7 milliards de sans-abris sur Terre

et un tas de réseaux sociaux





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