dimanche 9 novembre 2014

POÈME DE NOVEMBRE


hier j'ai ramé dans tous les sens
je cherchais un moment inconnu
quelque chose comme un continent
quelque part à l'écart
j'avais l'impression de gesticuler dans une carte postale
musclée comme une libellule
au-dessus de moi planait un sourire troué
j'ai reconnu un arrosoir
et j'ai fini naufragée
à trois mètres d'un cauchemar 

pendant que le temps me valse implacablement
aux tempes  
le monde entier s'active à la télé 
quelqu'un a découpé quelqu'un 
à coups de canif ou de coupe-papier
entre ces pionniers et moi
qui traîne tout le temps ailleurs
il y a le détroit de Béring
un vide fatal et grelottant
 
le temps me bâille longuement dans l'oreille
alors j'ai filé
j'ai survolé le nid du monde
j'ai vu l'écume des rochers
une mer qui flottait comme du sable
sous un ciel géant
il y avait aussi des portraits du silence
blonds et bleus comme les blés

là bas mon cousin pédale dans les arbres
avec son appareil photo
il chasse les lumières piégées dans les rideaux
je n'ai pas de visa pour son monde
nous sommes des jumeaux étrangers
nous barbotons dans nos passés
comme des mouettes dans du pétrole
je suis devenue dans sa vie la cinquième roue
d'un netsuké

pendant que le temps
me rit majestueusement au nez
les acariens sont en réunion sous le divan
ils discutent discrètement entre eux
hier j'ai rencontré un scooter mélancolique
ce matin un chroniqueur citait un proverbe africain:
"si tu t'assieds au bord de la rivière,
tu verras flotter le corps de ton ennemi"

si je m'assieds au bord de la salle de bain
je n'ose pas penser à ce qui pourrait s'échouer
dans un porte-savon
ici la banquise s'évanouit jusque sur les tapis
et le Titanic heurte régulièrement un glaçon
avant de sombrer dans mon scotch

mayday




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