vendredi 20 février 2015

À DEUX PAS DE LA MER


ALYAH
j'ai vu par hasard le prix d'un 2 pièces à Tel-Aviv, central, à côté des marchés, tout près de Dizengoff, à 2 pas de la mer
j'ai fait un long calcul
si je vends tous mes biens, je pourrai en tout cas acheter 2 chaises et une étagère 
à deux pas de la mer

TENDRESSE
Fabius refuse d'entendre le terme "Islamiste"  appliqué aux terroristes
selon lui, un frénétique campé dans une mare de sang avec sa Kalashnikov qui hurle le cri de guerre de l'État Islamique est peut-être un lituanien
Fabius a un coeur qui bat dans ses poches

INTERPRETATION 
mon neveu a déchiffré le sens du cri des terroristes - d'après lui, c'est leur façon à eux de dire joyeux Noël

POÉSIE 
mon père était tellement ému quand mon frère aplatissait le chapeau de ma grand-mère à coups de poings
il nous expliquait ce geste:  "il n'y a pas lieu d'inquiéter cet enfant, il a dépassé sa pensée..."

SUR UN AIR CONNU
le whisky m'endort, l'humour me dévaste
lon lon la

ENVOL
encore un mort
officiel, en plus
et au Qatar
tel l'aigle qui prend son vol dans le soleil couchant, François Hollande fond sur le deuil

PEUPLE  ÉLU 
un juif qui se fait descendre
accède aux plus hauts honneurs

lon lon la




QUAND LA VILLE DORT


il est descendu des montagnes russes
presque en pyjamas
épuisé d'avoir sauvé un continent
un pied chancelant dans chaque pas d'Angela
la télé chante 
tout le monde dort 

l'heure du fisc est arrivée 
une chaumière et un chéquier
on est tous passés à la tonte
tête baissée 
l'état engrange à la pelleteuse 
inspirés par ce bruit berceur
on va se coucher

entre tags, insultes, attaques
quelques morts d'usage et des enterrements
la communauté juive peut respirer
la fiancée du Président est protégée
il est minuit
dormez braves gens

quelqu'un au gouvernement
a le cœur à la boutonnière
l'adjectif "islamique" est blessant
appelons les terroristes des égarés du moment
ou... des mentalement défiés?
après ce bond créatif 
il est permis de bâiller

un français prisonnier va être exécuté 
un voyage aurait pu le sauver
sorry, changement de plan
destination ailleurs
sieste en jet et réveil au champagne
ici, qui dort dîne
allons nous coucher

un émir meurt
traversée présidentielle du ciel
pour aller pleurer à temps
si, en fond sonore 
on fouette un homme jusqu'au sang
chut, soyons polis
on tous besoin d'une bonne nuit

étant donné que je me suis distinguée
ces temps-ci
en lancers d'opinions et en péroraisons 
ce matin je mesure
la portée de mes mots
et mon degré d'usure
repos






mardi 17 février 2015

SATAN EST UN CANCRE


si le malheureux DSK, catapulté en un quart d'heure du sommet du monde dans les marmites gelées de l'enfer judiciaire - et qui depuis bientôt 4 ans ingère quotidiennement les crachats verbaux, les nausées automatiques, le mépris sans appel, la pitié dégoûtée - et les rigolades ininterrompues des humoristes et des Guignols - tandis que Nafissatou, en pleine forme, rayonne dans son nouveau restaurant du Bronx
si, devant tous les nez plongés dans des mouchoirs vertueux pour ne pas respirer l'air vicié par sa présence,  DSK affirme qu'il ne savait pas que les partenaires de ses parties plus ou moins fines étaient des prostituées... d'accord
OK - François Ier est un arrondissement, François Hollande le mahatma Gandhi et Donetsk un centre de thalassothérapie 
en tout cas, je suis d'accord pour croire, ou faire semblant de croire, tout ce que dit cet homme férocement, goulûment  broyé 24 heures sur 24 - qui tient tête avec un froid et un rare courage

en revanche, en ce qui concerne ces quelques adolescents en visite (culturelle?) nocturne dans un cimetière qui se trouve par hasard être juif - et qui fracassent distraitement 250 pierres tombales plus un mémorial de la Shoah - qui se réveillent le lendemain un peu vaseux, comme s'ils avaient bu trop de Coca-Cola, avec l'impression d'avoir donné un coup de pied dans une chaussette 
et qui tombent des nues - ah...? on ne savait pas... 
(il ont pris les stèles pour des cannette vides et les caractères hébreux pour des smileys - ou quoi?)
là, j'ai quand même des doutes

Satan est un cancre, la pollution un rond de fumée
ce qui va nous bouffer tous, océans compris, comme une poignée de cacahuètes
c'est le souffle, le gouffre - l'infini du ridicule 
en expansion comme l'univers





lundi 16 février 2015

CHOCS ÉMOTIONNELS


PIÉTÉ
juifs de France, on vous aime
vos tombes ne resteront pas ignorées
musulmans de France on est à vos pieds
pardonnez-nous nos péchés 
chrétiens d'ailleurs
merci de ne pas déranger 

vade retro Natenyahu 
Satanas 

SOUCI
je suis allée sur les pages de mes proches
de mes amis et de mes amis entre guillemets
il n'y a que moi qui tempête non stop
allumée de scandale
je commence à m'inquiéter 

GAIETÉ 
je vais poster un très beau vertige de nuages
pour faire cool
légère 
et buissonnière 
ouf
dure matinée 

mardi 10 février 2015

SARABANDE


LA NOTTE
un soir en Israël, Isaac Bashevis Singer a dû se réfugier en caleçon sur une terrasse nocturne - le temps que sa maîtresse improvisée affronte un amant qui venait de faire irruption dans la situation 
frissonnant et extrêmement perplexe, il s'est lancé dans une conversation passionnée avec l'Éternel et un cafard en ascension le long d'un mur - avec lequel il a été bouleversé de se découvrir un lien de parenté
je me suis sentie cousine


ÉGAREMENT 
hier, un malheureux écrasé par un sentiment d'apartheid a tenté de brûler au hasard ce que, visiblement, il croyait être son mouchoir en face de ce qu'il a dû prendre pour une pizzeria - l'infortuné jeune homme de 38 ans s'était en fait égaré et retrouvé devant l'Hyper Cacher de Vincennes avec un vague drapeau israélien qu'il avait probablement ramassé dans le métro
cruelle méprise 

PRONOMS 
"car MA ville...", "je ne permettrai pas que MA ville...", "un projet pour MA ville..."
l'heureuse propriétaire de Paris s'appelle Anne Hidalgo

APPARITION
un instant émergé de ses forêts bleues, de ses longs déluges d'or et de ses visages secrets, Klimt sourit, ébouriffé, un petit chat dans les bras
hello...?

MÉTABOLISME 
je sniffe une intelligence comme un chien de chasse
la bonté m'évanouit 
et le charme me fait muter
je m'arrête là





dimanche 8 février 2015

RÉSURRECTION

 
voici venir les temps où, vibrant de labeur, un grand président occupe tous les écrans
planant comme un phénix dans un firmament  funèbre, oraisons, hommages, légions d'honneur lancées comme des louis d'or
il resplendit entre les cercueils 

* Charlie Hebdo, marche planétaire bras dessus bras dessous avec les nations 
* Montrouge, la jeune fille et la mort, éloge, citation
* l'Hyper Cacher, déploration, chant d'amour aux juifs sonnés 
* dernier soupir de l'émir du Qatar, avion en crêpe noir
* Auschwitz, sitting parmi les morts, oraison, plus jamais ça
(ceux qui, comme moi, chancellent sous les clichés, sont des rabat-joie)
* génocide arménien, doigt prophétique pointé sur l'avenir, ambiance Chapelle Sixtine
* les militaires morts en Espagne, raideur noire et noblesse de sphinx à lunettes dans le silence des Invalides
qui aura l'heureuse idée d'expirer demain?

la mort des uns fait la résurrection des autres




mardi 3 février 2015

ÉTOILES DU POLAR


dans les polars modernes français - séries  ou autres - le suspect  est rangé entre 4 coins gris, devant la table d'usage
il est globuleux, Il fait la gueule et on a envie de lui marteler le crâne à coups de corbeille à papier 

penchés sur  lui, arpentant la pièce ou cognant sur la table, on a:

l'inspecteur  good looking, regard indéchiffrable, flegme, silences somnolents avec brusques explosions de vocabulaire

et sa partenaire, brushée désordre, seins distraitement moulés ou à moitié à l'air, œil noir de personne qu'on a doublée à un guichet de la poste, aboiement:

"ouais alors, ça t'a pas plu, tu l'as crevé, hein?  t'étais en rogne, il fallait qu'il la ferme, hein?  les ordures dans ton genre, ici, on en a plein les chiottes  ça tourne sur orbite...!
allez crache le morceau, qu'on se tire! parce que  là, je sens qu'on va s'énerver,  ça fait deux heures que tu nous chies dessus avec tes conneries  et ta gueule enfarinée d'enfoiré de merde! faut voir à pas nous prendre pour des canards sauvages, hein, connard! "

ce qui est insupportable 
la misère du scénario?
l'invariable, écrasant cabotinage?
non
pour moi, c'est le "tu"
le "tu" = "moi merveille, toi merde"
autrement dit: je t'ai attrapé comme une mouche, t'es mal rasé, donc je suis Dieu 

mon intelligence tombe évanouie