jeudi 23 avril 2015

YOM HA SHOAH



je suis née avec un numéro sur le cœur et un deuil inconnu, absolument insoutenable au fond de ma mémoire 

pour moi, la Shoah est comme une planète dans l'espace - elle est hors grammaire, critère, élément de langage, référence ou comparaison

même si the whole World is a stage, la pièce de Shakespeare jouée, les massacres en hémorragie sur la planète - et même si, à la fin du compte des morts, les os sont tous beiges et la tristesse terrible

la Shoah gravite ailleurs dans l'espace, comme un dernier soupir qui ne se termine pas - comme une galaxie incompréhensible où frissonnent des millions d'âmes qui ne peuvent plus s'éteindre 





dimanche 5 avril 2015

LAMENTATIONS


QUELLE SORTIE D'ÉGYPTE ?

Moïse est dans l'escalier ou occupé ailleurs
clac - la mer Rouge s'est refermée sur moi
impossible de l'ouvrir, ni avec un serrurier ni avec un prophète
les autres sont en train de danser et de siroter leur pain azyme au pied du Sinaï 
moi je suis coincée dans un banc de sardines
hello? anybody there?
c'est fatigant, mais fatigant, d'être un pariah 


SUITE: LAMENTATIONS

je ne vois pas d'issue
chaque soir je me dis que c'est fini
que si il y a un jour final de jugement, un horaire de l'apocalypse où il faudra rendre des comptes, je serai jugée sur toutes les journées, toutes les heures que j'ai assassinées - et condamnée à errer pour l'éternité dans les réseaux spatiaux, entre des collisions de fantômes, des chuchotements funèbres de commentaires et des sanglots de likes
chaque matin je n'informe que je ne vais certainement pas remettre le nez dans ce vivier et instantanément je m'effondre dedans jusqu'aux cils
inhumée vivante dans la même spirale irrespirable, dans des milliards de voix qui me rendent muette - un grain de sable qui se croirait tout seul et qui se trémousserait dans la longue poudre blonde des plages océaniques
je ne sais pas comment m'extraire, j'ai tenté de prier, mais ça ne m'aide pas
l'Éternel n'a jamais un like pour moi




LE MONDE EST UNE PISTE DE DANSE


Obama
sourire aveuglant, démarche dansante, ego majestueux, myopie internationale, aversions secrètes et goût de la vengeance
"pour la première fois les US ne s'exprimeront pas devant le Conseil des Droits de l'Homme sur les accusations contre Israël"
"les US rejettent l'exigence de Netanyahu de reconnaissance d'Israël par l'Iran"
Téhéran danse dans les rues
l'Europe bat la mesure
sur son trône Obama fredonne
le monde est une piste de danse

migraine en Israël 

jeudi 2 avril 2015

AU LARGE DE TERRE-NEUVE


3 ans (ou plus ou pire) à discourir à la surface de Facebook comme Leonardo DiCaprio grelottant dans l'Atlantique:
"make each day count!"
des musiciens noyés me jouent dans les tympans, une foule de fantômes vogue autour de moi
le temps me dévisage comme un cyclope, une horloge tournant dans son œil unique
j'ai l'esprit inondé et béant, planté sur un iceberg à répétitions 
ah
el Dio me va dar mucho bueno
peut-être 
mais là, c'est trop





mardi 31 mars 2015

L'EXIL, HOW IT FEELS


je connais quelqu'un, qui, le matin, se rase avec un cactus
en maltraitant son reflet 
il a beau faire des imitations de normalité, la horde le flaire et le recrache
il baisse le nez, marche arrondi - mais son regard s'échappe, des temples flambent dans son crâne, il a le désespoir indéchiffrable, comme si son âme s'écrivait en sumérien - il cache un sourire fou, intérieur - il a l'humour en vol comme une mouette, constamment évadé de la cage où il tente de l'enfermer 
et qu'il porte comme une clochette de lépreux 

moi, je vis sonnée, frissonnante, terrée comme un SDF dans un porche, au bord des foules, j'ai tout le temps le nez dans les autres mondes, ma mémoire est piégée dans la lumière de la mer, je viens de trop loin, j'ai le temps au cœur, les nerfs épluchés et l'humour hérétique 
mon esprit est un incendie qui ne peut même pas me réchauffer les mains

on est des étrangers 
muets d'émerveillement devant les gens doués qui saisissent leur vie et la risquent, la jouent, la chevauchent, rieurs, ébouriffés - chevaliers inouïs qui portent leurs rêves au poignet comme des faucons et les lâchent en plein ciel 

les autres
tous les autres nous enjambent, voûtés comme des pré-bipèdes, le nez glué dans un iPhone ou un Samsung comme dans une banane - tout boueux et l'œil arriéré de patauger dans les marais sociaux, une bave permanente de Twitter à la bouche
ils sont légitimes 
boum boum, moi clever, toi débris, j'écrase ton espace comme une cacahuète, et dans le fond de moi, quand je cuis dans un bus entre des omoplates, je sanglote pour exister - alors je glousse très haut avec mes semblables et je me fais tatouer

on est régulièrement raflés avec les milliards qui trépignent au fond des zoos et des miroirs
tous, nous tous enfournés en vrac dans l'abattoir quotidien des routines par des espèces de clowns carnivores aux egos ventrus qui, le matin nous pissent des discours sur le crâne, le jour nous bouffent et le soir nous excrètent
et la planète des autres repart au galop

nous
on se retrouve dehors, out, bannis, enfuis, ailleurs
on a froid
mais on conquiert parfois des fous rires de rois




dimanche 29 mars 2015

LES PAPIERS DE TROIE


commentaires
interminablement pondus sur le cadavre des jours, postés dans un hébètement de fatigue, une miette d'esprit flou pendu au mythe d'être entendue - d'apparaître, ne serait-ce qu'une fraction de seconde dans le vivier colossal du web, qui est bondé des tripes de la Terre jusqu'aux spirales noires au-dessus du ciel
commentaires que je vire ensuite en hâte dans une crampe de dérision

parfois
je tourne tellement autour de ma pensée, de mes mots, de l'anglais, du français que je trébuche dans le début de la nuit 
je suis au tapis quand je trace la dernière virgule, interminablement écoutée
le temps en cendres
tellement étourdie que je ne trouve même pas la force de déchirer ce qui reste de mon intelligence et de le jeter comme un bout de papier sous un galop gris, aveugle, féroce de foule crachée par le métro 
comme je ne manque jamais de le faire
mon esprit supplie pour vomir
je ne publie pas 

après 
je me réfugie dans Troie en ruines, et je tombe assise au milieu des os du cheval d'Ulysse 




TROIE : LIGNES ENVOLÉES


commentaires
interminablement pondus sur le cadavre des jours, postés dans un hébètement de fatigue, une miette d'esprit flou pendu au mythe d'être entendue - d'apparaître, ne serait-ce qu'une fraction de seconde dans le vivier colossal du web, qui est bondé des tripes de la Terre jusqu'aux spirales noires au-dessus du ciel
commentaires que je vire ensuite en hâte dans une crampe de dérision

about YEHUDA AVNER
page de Caroline Glick - publication disparue, emportant le sillage de ma voix, que je n'ai plus à effacer 

"In a sense, the essence of all of Judaism is the capacity of a people to live with the unknown. People who have a measure of certainty about their future assuredly will find this rather hard to understand. But when you think about it, the entire venture of Israel has been achieved only by jumping into the unknown."
Ambassador Yehuda Avner
The Times of Israel, March 26 - Mickaël Dickson's blog ("Feeling weary about Israel?")
I read this and loved it
I have always had a haunting feeling that Jews, so often multilingual, had a home and a home language connected with the unknown  - to me, Jews are... des survivants de l'impossible, and have been for thousands of years
not such a lonely or wishful or wistful way of thinking, after all


JOANN SFAR 
Drawing conclusions: Joann Sfar and the Jews of France  - The Jewish Review of Books

passionnant
..." a Scheherazade with pen and brush"
...doublé d'un dancing talmudist (so sorry), d'un des mariés volants de Chagall, d'un violoniste entre étoiles et antennes wifi, d'un traducteur de fantômes, d'un insolent posé sur les pages comme un papillon - à tord ou à bavardage, je perçois tellement de fréquences que je pourrais en pondre une page 

pour moi, quitte à être hérétique, il y a une correspondance avec l'extraordinaire, tendre, irrésistible liberté d'Isaac Bashevis Singer, (je ne sais plus dans quelle short story, un soir en Israël, il a dû se réfugier en caleçon sur une terrasse nocturne - le temps que sa maîtresse improvisée affronte un amant qui venait de faire irruption dans la situation - frissonnant et extrêmement perplexe, il s'est lancé dans une conversation passionnée avec l'Éternel et un cafard en ascension le long d'un mur - avec lequel il a été bouleversé de se découvrir un lien de parenté)

I know, I f***g talk too much
 

CAROLINE GLICK 
Managing Obama's war against Israel

...celui-là, j'étais au tapis quand je l'ai terminé - le temps en cendres et tellement étourdie que je n'ai même pas trouvé la force de déchirer ce qui restait de mon intelligence et de le jeter comme un bout de papier sous un galop gris, aveugle, féroce de foule vomie par le métro 
comme je ne manque jamais de le faire

SUPERNOVA
Obama has been lording it over all the nations of the world for 6 years now - bestowing his vocabulary and dazzling smiles upon the blessed of the Earth
only Israel has been permanently excluded from his clemency
and yet
in 2008 and 2012, on the eve of each Election Day, he has knelt at the feet of AIPAC, sobbing with love for Israel, a love instantly turned into polar frigidity about 2 minutes after his accession to to the throne
something like 48 hours of unchecked adoration and 76 months of ominous distaste 

it seems to me that the danger for Israel lies mostly in the hatred of a remarkably mediocre man - who nevertheless managed his way to his throne on top of the planet: great salesmanship
...in the consuming hate of such a man for the brilliant leader of a tiny country, rooted on the map against all odds 
for no matter what else he is, or may be, Netanyahu has a vision, guts and an indestructible international dimension 

how can the U.S. divorce Israel? for all Obama's fuming bans and manoeuvres, for all his gluttony for revenge - a dish now best savoured at the UN - it seems to me that there is a link between the U.S. and Israel which even Obama, enthroned as he is on half a continent, cannot sever
and - I don't know - it somehow looks as if Obama's giant ego is well on the way to going supernova 



après 
je me suis réfugiée dans Troie en ruines, et assise au milieu des os du cheval d'Ulysse