mardi 10 avril 2012

HISTOIRES DE MON COUSIN - 2



 L’IDEE DE L’ARCHIDUC





 9 avril



Dani m’appelle ce matin.

Cette histoire de l’archiduc Dimitri Alexandrovitch Garbatchevitch, dernier de sa lignée, lui tient à cœur.  Il m’en a parlé longuement.

Cet archiduc tenait une crêperie à Moscou.  Un jour il a eu une idée de promotion.  Il a décidé d’acheter un tensiomètre afin que ses clients aient le plaisir de vérifier leur tension après quelques bouchées de crêpes.

Bon.  Il entend dire qu’on solde des tensiomètres de l’époque soviétique à Odessa. Il y a, paraît-il 2 offres : l’une à 24 Euros, l’autre à 23 Euros 50.

J’ai vaguement parlé de "roubles", mais Dani a ignoré ma remarque, et poursuivi son récit,  en faisant planer le suspense :

Que fait l'archiduc ?  

Là, j'ai le droit d'en placer une :

"Il prend l'offre à 24 euros ?"

Faux.  Il choisit l'offre à 23 euros 50.  Et ensuite ?  D'après moi...?

Je suis toujours dans mon temps de parole.  Je hasarde :

"Il va à Odessa ?"

Exactement. L'archiduc se rend à Odessa. Le vendeur lui montre un magnifique tensiomètre, ancien mais remarquablement fonctionnel.

L’archiduc signe immédiatement  le bon d'achat - pendant que vendeur se lime les ongles, indifférent : la vente est faite.

Bon.  Jusque là, tout va bien.  No problem.  L'archiduc se prépare à emporter son acquisition.  Mais le vendeur l'arrête : " Hep !  Minute ! "  

Il explique brièvement à l'archiduc qu'il y a une promotion sur le tensiomètre. Il est livré  avec un cadeau : il s'agit d'un ensemble coquet, comprenant un sous-marin et un porte-avion.

Dani m'éclaire :

En fait, le vendeur ne sait plus où mettre le tas de sous-marins et de porte-avions qui lui reste de l'armée soviétique. Il les liquide par paires, en bonus, chaque fois qu'il vend un tensiomètre.

L'archiduc refuse fermement ce cadeau promotionnel. Il n'a pas l'intention de s'encombrer. Avec une belle décontraction, le vendeur balaie ses objections :

"Vous n'avez qu'à plier le porte-avion et le mettre dans le sous-marin..."

Suit une discussion houleuse, que mon cousin me rapporte dans le détail.  Mais, heureusement...

Heureusement, Ivan le Terrible avait émis un ukase, selon lequel, dans tous les cas d'achat,  l'acheteur avait 7 jours pour se rétracter.

Le vendeur argumentait avec une grande mauvaise foi.  Mais l'archiduc était un homme habile. Tel Socrate, il a réussi, par une manipulation de raisonnement, à mettre son interlocuteur devant l'évidence.

Bref.  Le vendeur a bien été obligé de signer le formulaire de rétractation.

Il était effondré.

Au moment où l'archiduc partait, le vendeur a brandi sa lime a ongles dans un ultime geste de désespoir et crié :

"Mais qu'est-ce que je vais en faire, moi, de ce porte-avion et de ce sous-marin que vous me laissez sur le dos ?  Je vais les mettre où ??  Je n'ai plus de place ! "

L'archiduc s'est retourné, hautain:

"Vous n'avez qu'à plier le sous-marin et le mettre dans le porte-avion."

Finalement, à la suite d'une série d'événements très complexes, que Dani a tenu à m'exposer et qu'il serait trop long de relater ici, l'archiduc est parti à pied à Paris.















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