mercredi 15 mai 2013

LYRICS FOR DANI




(je poste parfois sur Facebook un dessinateur grec dont je trouve l’humour enchanteur, je traduis les bulles - naturellement, dans une symphonique absence de réactions)





inquiet de mon bien-être sur Facebook,  Dani s'impatiente:

"comment veux-tu que ce truc en grec soit partagé?"

(mais je traduis, enfin...)

de toute façon, que ce soit en grec, en aztèque, en araméen, en français limpide ou en français BDCDM - que ce soit drôle, amer, brillant, politique, poétique, insolite ou autre...

c'est exactement pareil : je virevolte dans un vide sidéral

ceci dit

je déchiffre  maintenant avec une grande aisance les résonances de Facebook, ses lois  non écrites  - et les silences sous les trombes de mots

alors...

alors, je "partage" dans les courants d'air,  je danse dans le noir,  je dîne dans le vide - je m'en fous

j'ai un autre genre de problème,  beaucoup plus imminent,  à régler avec Facebook

d'ici  là,  si j'ai envie,  je balance des hiéroglyphes - l'inventaire  des rentrées de blé d'un secrétaire de Ramsès II

ou du latin, odio vulgum et arceo, ou de l'Apollinaire incendié - (dans ses yeux nageaient les sirènes
et nos baisers mordus sanglants
faisaient pleurer nos fées marraines) - ou  les solos  perplexes de T.S.  Eliot,  cloué par un regard dans les salons de Londres (shall I wear the bottom of my trousers rolled?)

who the hell cares?

et, comme disait mon père, perpétuellement interdit de séjour dans la vie de tu sais qui

comme disait mon père, errant, enchanté, entre microscope,  Golem, Talmud , Mendelssohn, Bergson Schopenhauer, aquarelles, pinceaux, nuits blanches et noires le long du piano ou violon follement enlacé sous le menton



...entre Max Bruch et Beethoven, et Maïmonides et Caïn (lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
échevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui de devant Jéhovah...)

entre les chants en roumain, et la musique des langues, entre l'anglais, l'hébreu, le grec, l'allemand mythologique,  le merveilleux français et l'espagnol d'un ancêtre poète à Cordoue


...entre le vent dans les pins de Prinkipo,  les maisons en dentelles de bois, les mers noires et les mers de marbre,  les mélodies mélancoliques et dérisives du temps du pont de Galata (en tu ventana voy posar, taniendo mandoli-ino..)

entre les recherches biologiques de la rue de l'Hôtel  de Ville - cultures de bactéries dans l'eau d'un vase de fleurs,  sauvetage d'une guêpe en noyade dans du  jus d'orange, armées d'éprouvettes et inspection de gouttes arc en ciel aplaties sur des lamelles

...entre la colophane et le lac aux flancs déchirés   (l'année à peine a fini sa carrière. .. ô temps, suspends ton vol!)  

...comme disait mon père, capté, appelé par  des milliers d'univers -  au seul interlocuteur qu'il avait - c'est à dire moi:

"ce soir,  Lucullus dîne chez Lucullus..."

donc je dîne chez Lucullus quand je veux

et je reste avec les anges grecs

el Dio me va dar mucho bueno

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