(je poste parfois sur Facebook un dessinateur grec dont je trouve
l’humour enchanteur, je traduis les bulles - naturellement, dans une
symphonique absence de réactions)
inquiet de mon bien-être sur Facebook, Dani s'impatiente:
"comment veux-tu que ce truc en grec soit partagé?"
(mais je traduis, enfin...)
de toute façon, que ce soit en grec, en aztèque, en araméen, en
français limpide ou en français BDCDM - que ce soit drôle, amer, brillant,
politique, poétique, insolite ou autre...
c'est exactement pareil : je virevolte dans un vide sidéral
ceci dit
je déchiffre maintenant avec une grande aisance les résonances
de Facebook, ses lois non écrites - et les silences sous les
trombes de mots
alors...
alors, je "partage" dans les courants d'air, je
danse dans le noir, je dîne dans le vide - je m'en fous
j'ai un autre genre de problème, beaucoup plus imminent,
à régler avec Facebook
d'ici là, si j'ai envie, je balance des
hiéroglyphes - l'inventaire des rentrées de blé d'un secrétaire de Ramsès
II
ou du latin, odio vulgum et arceo, ou de l'Apollinaire incendié -
(dans ses yeux nageaient les sirènes
et nos baisers mordus sanglants
faisaient pleurer nos fées marraines) - ou les solos
perplexes de T.S. Eliot, cloué par un regard dans les salons
de Londres (shall I wear the bottom of my trousers rolled?)
who the hell cares?
et, comme disait mon père, perpétuellement interdit de séjour dans
la vie de tu sais qui
comme disait mon père, errant, enchanté, entre microscope,
Golem, Talmud , Mendelssohn, Bergson Schopenhauer, aquarelles, pinceaux,
nuits blanches et noires le long du piano ou violon follement enlacé sous le
menton
...entre Max Bruch et Beethoven, et Maïmonides et Caïn (lorsque avec
ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
échevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui de devant
Jéhovah...)
entre les chants en roumain, et la musique des langues, entre
l'anglais, l'hébreu, le grec, l'allemand mythologique, le merveilleux
français et l'espagnol d'un ancêtre poète à Cordoue
...entre le vent dans les pins de Prinkipo, les maisons en
dentelles de bois, les mers noires et les mers de marbre, les mélodies
mélancoliques et dérisives du temps du pont de Galata (en tu ventana voy posar,
taniendo mandoli-ino..)
entre les recherches biologiques de la rue de l'Hôtel de Ville
- cultures de bactéries dans l'eau d'un vase de fleurs, sauvetage d'une
guêpe en noyade dans du jus d'orange, armées d'éprouvettes et inspection
de gouttes arc en ciel aplaties sur des lamelles
...entre la colophane et le lac aux flancs déchirés
(l'année à peine a fini sa carrière. .. ô temps, suspends ton vol!)
...comme disait mon père, capté, appelé par des milliers
d'univers - au seul interlocuteur qu'il avait - c'est à dire moi:
"ce soir, Lucullus dîne chez Lucullus..."
donc je dîne chez Lucullus quand je veux
et je reste avec les anges grecs
el Dio me va dar mucho bueno
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire