lundi 28 juillet 2014

SUMMERTIME


été 2014: avec une mauvaise volonté consternante, Israël refuse d'être bombardé par le Hamas - c'est le conflit

ouverture en France de la chasse aux juifs 

retour en scène, avec ovation à Barbès, de la croix gammée 

le Président Hollande fête ses nouvelles lunettes

à la lumière du drapeau israélien qui flambe dans Paris, on discute un cessez-le-feu - mission confiée au talentueux John Kerry 

au cours d'une manifestation à Miami pour tuer tous les juifs, on découvre que le gène du Jihad se  répand aux États Unis

Israël persiste à refuser d'être agressé, Kerry déprime, le Hamas pilonne et la France est en transe (Hitler, tu nous manques...)

dans la somnolence des vacances, des partis très actifs se créent: le FPH (Front Patriotique du Hamas), le MAJ (Mort Aux Juifs), le TUNO (Tous Unis pour Niquer l'Occident) - et le très populaire  FYA (Fuck You All)...

le président Hollande est surmené - entre commémorations, médailles posthumes, regards graves sur plages historiques et 3  jours de drapeaux en berne, il ne sait plus où donner de la sieste 

fish are jumpin' 
and the cotton is high


DÉSARROI

 
je suis tellement sonnée par cette guerre, je ne sais plus que je fais - je poste, je dé-poste, je lis, je bouillonne, j'ai toutes les explications possibles et imaginables,  je connais le Hamas et son organisation de la mort sur le bout des doigts, je ne comprends plus cette mare de sang qui s'élargit à Gaza, chaque soldat israélien qui meurt m'étouffe le cœur, je ne sais plus pourquoi Israël a toujours besoin de se battre pour ne pas se laisser rayer de la carte - et je le sais trop bien, je vois béer en France une soif hallucinante de lynchage des juifs et je sais exactement de quel néant elle surgit - et je ne comprends plus comment je supporte ce que je sais

à l'ONU siègent les plus grands meurtriers du globe drapés dans la Défense des Droits de l'Homme, ils sont solennels et unanimes: Israël au bûcher pour crimes de guerre - pour crime de vivre

et je me dis que c'est la routine, que le grotesque règne - la France est régie par une pantomime, on pend en Iran, on massacre en Iraq, en Syrie on patauge dans des milliers cadavres - je sens Israël ramassé, frémissant comme un fauve cerné, je sais qu'Israël se battra à mort, je vois vibrer autour de la planète le lien extraordinaire, indestructible qui unit le peuple juif - et ce lien m'attrape au vol, m'enlace à chaque pas que je fais, je ne suis plus propriétaire de moi

je sais qu'il nous a fallu près de de 6000 ans pour perdre patience, que c'est arrivé, que c'est irréversible - pourquoi est-ce que j'en sais trop, comme si un coursier venu du Jardin de l'Eden m'avait remis en mains propres le programme du futur?  tout me saute au visage, des évidences irrespirables

et j'écris, je barre, je poste, je vire, je cours au Doliprane,  je me fais la morale,  je mange mes cigarettes en sandwich, je m'insulte, je me ris au nez 

puis je trébuche dans une vidéo, j'entends quelqu'un s'exaspérer du sempiternel traitement réservé à Israël et je m'aperçois que je suis soudain en larmes

je ne suis plus équipée pour entendre quelqu'un nous aimer

jeudi 26 juin 2014

antisémitisme... LES HERBES AMÈRES


il y a une sorte de désespérante courtoisie juive qui consiste à croire en la bonté fondamentale de ceux qui nous agressent - comme si leur haine était un aveuglement passager - ce qui a conduit à l'évaporation en fumée de 6 millions d'entre nous

il ne peut plus y avoir de Shoah dans ce monde qui palpite au rythme de Facebook et de Twitter (je clicke, donc je suis) - en revanche....  c'est comme le dioxyde de carbone qui se répand dans l'atmosphère: la pollution psychologique envahit tout

il y a dans l'air une une émission quotidienne, ininterrompue d'antisémitisme sous toutes les formes, toutes les étiquettes et tous les déguisements possibles et imaginables - du boycottage éhonté, vendu comme un acte noble, en passant par l'"humour" de Dieudonné, lequel a prospéré 10 ans sans qu'on entende quelqu'un tousser

...jusqu'au carnage de Toulouse ou au massacre de Bruxelles qui confèrent à l'assassin une dimension de héros de BD  - il devient un  "loup solitaire", une silhouette noire de guerrier campé sous la lune, portant sa kalachnikov comme une épée de Star Wars

en fond musical résonne l'appel du jihad, plus enivrant que tous les parfums de l'Arabie dont rêvait sombrement Lady Macbeth - shoot à l'adrénaline à volonté, extase de vivre dans un jeu vidéo géant - avec, en prime, Israël à portée de bombe

cerise sur ce gâteau vieux comme le monde, l'antisémitisme a un magnifique label marketing pour se justifier: Israël, muse des médias, source des perpétuelles lamentations de presse sur l'ignominie des "colons" juifs et le "génocide" perpétré par les criminels de Tsahal

Israël... un pays de juifs debout, armés et peu impressionnables - le pays de l'impensable: comment un juif ose-t-il défendre un un droit de vivre que personne ne lui a accordé?

on veut bien aimer les juifs, mais on les aime polis: recroquevillés dans leur coin, 3 larmes à l'œil, mendiant un sourire de clémence - et discrets en cas de lynchage


c'est tellement usé, harassant, répétitif, increvable, imbécile et meurtrier

rien ne change - on ne peut plus rester courtois, c'est à nous de cesser d'attendre, de cesser d'espérer ce qui ne vient jamais et de déplorer ce qui arrive toujours - c'est à nous de changer

d'attitude ou de décor


 

dimanche 8 juin 2014

DE GUERRE LASSE


Le Pen et son humour Auschwitz:

je me tais, je suis fatiguée d'être scandalisée

en plus, je trouve qu'il devient ennuyeux, pour ne pas dire sénile

et que les cris d'indignation des bien pensants qui adorent s'écheveler en public devant un juif par terre (un rôle toujours applaudi) - et qui sanglotent d'horreur parce qu'Israël est debout - sont aussi ineptes

LE CHANT DU HARENG SEUL


sci fi

je viens de visiter un futur fou, halluciné, lumineux, magnifique - et frénétiquement intelligent

ça m'a enchantée, presque hypnotisée de tout voir et de tout lire

j'ai l'impression qu'on allait sculpter les nuages

on est déjà en warp speed - on vit avec le monde dans la main, au poignet ou sur le nez, on nage dans les réseaux sociaux comme dans des bancs de harengs - où on se distingue, d'ailleurs, autant qu'un hareng seul dans la spirale colossale de ses congénères

bientôt, les piscines penseront pour nous, les immeubles se feront bronzer, les ponts danseront comme des ballerines, les parcs s'ouvriront en vitrine, il y aura des architectes de l'invisible, des concepteurs du gonflable, et des défilés fashion pour habiller les gratte-ciel

pendant ce temps, le salon silencieux de Kubrick valse dans le noir sidéral, entre moulures gris pâle et mutisme des murs, le dos d'un fauteuil plane sur le vide et égrène la vie comme un sablier 

et T.S. Eliot erre au bord du crépuscule, dans un salon de Londres - il compte sa vie en cuillères à café 

"I have measured out my life with coffee spoons"

pour moi, qui ai l'œil sombre, c'est une unité de mesure dans la démesure du futur



samedi 3 mai 2014

RÉVÉLATION

 
2 mai


Dani m'a appelée 3 fois ce matin

la première fois, il voulait absolument me parler d'un certain Christian Dupont, qui était représentant en extincteurs au Moyen Âge

mais, heureusement, on n'avait pas le temps


la deuxième fois, il était inquiet - c'était pour me demander si je savais que c'était le moment de faire ma déclaration d'impôts - je savais, ça a été rapide, j'étais sûre d'avoir échappé aux extincteurs du Moyen âge 


la troisième fois, sa voix vibrait  d'urgence - il n'y avait pas une minute à perdre, Il devait absolument me parler

il ne s'agissait plus d'extincteurs - j'ai eu infiniment pire, pendant 37 minutes

on était toujours au Moyen Âge - ça a commencé par un cadre bucolique et une jeune fille aux entrailles "fouaillées"

puis les événements se sont précipités - il y a eu une phase de suspense psychologique qui a duré un quart de seconde, un festin de noces troublé par les commentaires malvenus de quelques soudards, et une exclamation célèbre de l'époux 

ensuite, en cascade, un Titanic commercial, le sursaut d'une jeune femme soudain visitée par le génie de la communication, des allées et venues météoriques en lisière de forêt - et la révélation d'un fait très rare sur le statut des sorcières 

en conclusion

Dani, qui a le bras long et la culture intègre, m'a cité scrupuleusement, en ancien français, les commentaires des témoins de l'époque 

...car ce sont, paraît-il, ces commentaires, qui, à force d'être transmis à travers les siècles et de subir des contractions de sémantique, ont généré une erreur historique stupéfiante, connue seulement de quelques initiés

Dani me devait toute la vérité

j'ai toussé le martyre

de fou rire






samedi 26 avril 2014

CONVERSATIONS AVEC DANI



SOMBRE PRINTEMPS

Il a acheté un poudrier au marché aux puces.  Je m’informe – quelle période ? Fin du dix-neuvième?   Il n’est pas certain.  Je lui demande une description.  Il est très flou.  Je persiste :

« Il est quoi ?  Clair, sombre, en argent, en étain, blanc, noir, jaune, laqué ? » 

J’obtiens, sur un ton absent :

« On pourrait dire doré, vaguement… »  

« Mais comment, doré ?  Il est ciselé ? » 

«  Oh, ciselé…  C’est une vision optimiste… »

Un silence résigné.  Il propose :

«  Il  y a une houppette... »

Je m’exclame (histoire d’éperonner la conversation) :

«  Oh là là… Méfie-toi, ça doit être un foyer de bactéries… »

Il est instantanément réveillé :

«  Ah, mais oui !  Ah, mais c’est pour ça… ! »

J’apprends aussitôt qu’il y a un vacarme terrible dans le poudrier.  Une foule de bactéries indignées se bouscule à l’intérieur, criant au scandale et scandant des revendications.

La voix grave,  Dani me décrit le chahut :

«  Et tu sais, c’est très cosmopolite…  La femme à qui appartenait ce poudrier a dû beaucoup voyager.  J’entends vraiment toutes les langues…: Libertad !  Libertad !    Gospel !  On the rocks !… Je ne te raconte pas…»

Le « fun » de cette histoire échappera peut-être aux quelques égarés qui la liraient.  Mais moi, je suis, comme d’habitude, en larmes de fou rire.  Un fou rire qui me conduit au désespoir.  Je clame :

« On est très jeunes !  Très jeunes !  On ne s’en remettra jamais ! »

Dani est implacable.  À travers mes larmes, j’entends un sombre récit de génocide de mites.  Il me décrit par le menu leur douloureuse perplexité.   Il va jusqu’à les citer : « Comment ?  Nous ne comprenons pas…  Nous vivions pourtant en bonne intelligence… »

Téléphone en main, Kleenex dans l’autre, je suis vaincue. Génocidée dans mon fauteuil.



LE GOUFFRE DES JOURS

Il y a eu aussi des suicides en masse chez les moustiques – un déluge de corps minuscules qui tombaient partout, dans tous les sens. Victimes d’une dépression endémique, ils se fracassaient dans les verres, sur les tables, au sol, en petits flocons noirs.  On entendait des gémissements, des pleurs, des testaments ultimes.  Parmi les cadavres, de maigres voix imploraient encore  : « Pourquoi moi, Seigneur ?  Pourquoi moi ? »  Il paraît que c’était terrible à vivre.

naturellement, c’est Dani qui m’a raconté ça.  Il y était.