samedi 23 juin 2012

L'ÉCUME D'UN JOUR



500 LIGNES

Angela Merkel a 500 lignes à faire :

« Je sors de mon aveuglement idéologique - Je sors de mon aveuglement idéologique - Je sors de mon aveuglement idéologique…. »

Quant aux renégats qui surnagent dans l’UMP, traînant derrière eux leurs valeurs ringardes  et leurs alliances nauséabondes – ceux-là sont virés.

Ferme, inlassable, messianique -  et noble dans les climats funèbres  -  Lui Président fend la mer Rose, tel une figure de proue .

Angela reste au piquet.



DANI CHERCHE UN APPARTEMENT

Dani court ParIs.

Il va d’émerveillement en émerveillement. Il me décrit l’un des appartements qu’il a visité :

« Magnifique, mais vraiment  magnifique…  Les toilettes sont sous la télévision.  Ça a un charme Louis XIV, tu vois…..»

Un autre l’a enchanté :

«  C’est Austerlitz !  Tu as le soleil un quart d’heure tous les solstices d’été…  Tu te rends compte ?   D’ailleurs,  Austerlitz, c’est le nom de l’immeuble… »



MOODY WOODY

 Vu Midnight In Paris, que j’avais réussi à rater.

Woody Allen, un des plus grands nombrilistes actuels, doué, d’accord, drôle aussi, oui, oui, mais à qui je reste fermée – ce qui, je le sais est de la plus haute incorrection culturelle – a choisi un clone pour incarner le héros de Midnight in Paris.

Il balance dans sa nuit magique, entre les bars fumeux où discourt  Hemingway et les folles soirées charleston, une sorte de Woody Allen II, grand, blond, jeune et plutôt ahuri, qui est censé avoir les yeux tristes de l’unique Woody : « you have sad eyes «  - la réplique tourne en boucle dans les rues nocturnes.

Autour de lui, évidemment, s’agitent des humains préfabriqués et bavards.  Dans le  chahut de ces béotiens, le Woody blond promène, déstabilisé, son cœur en chamade, son amour de l’art  et son nez dépressif. 

Le film avait beaucoup de charme.   Mais, comme toujours, le nez de  Woody Allen  trempe dans son ego.

Comme dans une tasse de café.



L’ÉCUME D’UN JOUR

Posée un instant, last sunday, sur le rebord d’un fauteuil.  J’ai entendu ma voix.

Je chantais une ancienne chanson grecque : 

Eis ton aphro, eis ton aphro tis thalassas…  (mon amour dort dans l’écume de la mer – parakalo sas kimata… Vagues, je vous en prie, ne me le réveillez pas…)

J’ai vécu  en Grèce, il y a très longtemps - probablement à la fin du Mésozoîque.  La mer était d’un bleu fou.  J’ai connu un oursin martyr.  On respirait le vent jusqu’au vertige.  Les chats filaient sur l’échine des rochers comme des hors-la-loi.  Le soir, une houle de lauriers roses montait des jardins.  La nuit explosait de danses.  Les grecs chantaient à faire tomber les îles – dans l’écume de la mer.

 (yialo, yialo, piyénamé…).

J’avais les tempes aussi étoilées que si j’entendais du Bach.

Mon fauteuil voguait dans l’écume des mers.

Un extraordinaire anglais amer arpentait le début du siècle dernier.  Lui aussi, comme les grecs qui parlaient aux vagues, s’était attardé dans les chambres de la mer.  (Jusqu’à ce que  les voix humaines le réveillent.  Et le noient.)

Dérivant dans la demi brume du soir,  Apollinaire chante pour les murènes.  Les rues de Londres s’ouvrent devant lui comme la mer Rouge – tandis que des nageurs évanouis flottent le long de la  Voie Lactée. 

T. S. Eliot, errant dans les salons, se dit qu’il a le temps – il a le temps de se préparer un visage pour rencontrer les visages de rencontre.  Quand un regard le fixe dans une phrase convenue, il s’étale, écartelé sur une épingle.

Entre La Chanson du Mal-Aimé et The Love Song Of J. Alfred Prufrock,  je tanguais. 

J’ai entendu sombrer Apollinaire (« Mon coeur et ma tête se vident – Tout le ciel s’écoule par eux.… »).  Pendant que T.S. Eliot observait  l’intérieur d’une minute :

«  In a minute there is time
For decisions and revisions which a minute will reverse. »

Je suis revenue à terre.

Enfin, sur terre.

Je me suis dit que le premier son d’une voix trahissait tout – en particulier, la médiocrité.  Que c’était terrifiant.  Et qu’à entendre ce son, je pouvais me retrouver, comme Thomas S.  (T.S. Eliot), éventrée sur une épingle.

J’ai fumé une cigarette.

J’ai remarqué que nous vivions dans une société de viol – déboutonnés, verbeux, gesticulant -  rossés chaque jour par la banalité.  Mais je n’ai pas élaboré.

Après ce tour de chant et d’horizon, je suis allée voter.  Dehors, le soleil était féerique.  Il traînait jusque sous les arbres.  Le bureau de vote flottait dans une oasis de silence.

Il y a des jours qui prennent le large.





















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