lundi 3 septembre 2012

ON AND OFF




L'art de la fugue - 2


J'ai passé le week-end assez agréablement, à suicider mes journées.

Ca a commencé vendredi nuit par CNN et la convention républicaine à Tampa.

Entre un Rubio (  Narcisse rayonnant) et  un Romney (pas si antipathique que ça, le pauvre) - entre  les drapeaux, les ballons étoilés, les foules en passion et en chapeaux fous - j'ai vu intervenir Clint Eastwood.

Décrié partout.  Et irrésistiblement élégant, cool, redoutable, drôle.

Je riais de plaisir.  L'intelligence m'enchante.  Le courage me ranime.  Et le charme tombe sur moi comme un état de grâce.

Ça a été le bref joyau de mon week end.

Samedi matin : en catalepsie toute la matinée devant les news.

Après quoi,  j'ai consacré l'après-midi à l'iPhone, effleurant d’un index aérien CNN, la BBC, le New York Time, le Washington Post, le Herald Tribune – entre autres - pour découvrir les réactions aux U.S. (post-convention républicaine et pré-convention démocrate).

Il a aussi absolument fallu lire les analyses sur la course  à la splendeur, au luxe planétaire,  aux zooms célestes de continent en continent sur Air Force One - entre le plouc plouc Mitt Romney et le danseur étoile Obama.

Avec, naturellement, des entractes sur Facebook,  histoire de poster çà et là des commentaires  oiseux - pendant que les légions de montres et de réveils qui peuplent mon appartement scandaient l'extinction de la journée (j'ai un conflit de longue date avec le temps).

Hier  matin, dimanche : à nouveau en évaporation mentale sur le divan, télécommande flâneuse, zappant de ci, zappant de là, avec une détermination vague de zombie  .

Normal . Ce week-end, j'avais des choses vraiment essentielles,  audacieuses à faire. (Qu'il faudra bien faire un jour).  Donc, le mot d’ordre était : courage, fuyons.


En tout cas,  c'est comme ça, en traînant comme un cancre hors de ma vie, que j'ai appris sur la BBC qu'une Bible et un caleçon - non lavé -  ayant appartenu à Elvis Presley allaient être mis aux enchères.

Le  commentateur a observé avec une sobriété britannique qu'on pouvait peut-être trouver  légèrement "déconcertant" l'état du caleçon.  Non ?

Click, bâillement, zapping.

Soudain, le piège.

Comme un oiseau cloué sur place par le regard froidement dragueur d'un serpent - je suis restée fixe sur le divan, télécommande en l'air.  Hypnotisée par le discours ininterrompu, velouté, ondulatoire d'un ministre de Lui Président.

Un homme courtois, très calme. Mais  Il  fusait de lui des arias de langage, d’amples envolées grammaticales, des bourdonnements, des vibrations et des circonvolutions verbales qui laissaient les trois journalistes en face de lui muselés.  En état de sidération.

Des vétérans, pourtant.  Mais tous en manque d'air, l'oeil vitreux, chancelants, suffoqués par ce tsunami de vocabulaire, de subordonnées relatives et d'implacable  bienveillance.

...L'interviewé - ignorant impérialement tout reflet de question qui tremblait au bord d’une lèvre - chantait, inlassable,  le rôle christique du gouvernement, décrivait  par le menu les objectifs et les stratégies de ce groupe d'archanges soucieux,  descendu en France pour sauver le monde, au  milieu des ruines laissées  par Attila Sarkozy.

Il expliquait et ré-expliquait  à perte de vue le difficile parcours de ces quelques héros  qui poursuivaient stoïquement leur mission de rédemption, affrontant sans faiblir les mesquineries des médias,  les évaluations bornées des sondages, la déplorable impatience ambiante et les réflexions ignobles  de la droite.

Il a même expliqué, au cas où il y aurait  des arriérés mentaux dans la salle, qu'il serait bon de comprendre et d'intégrer la notion de "temporalité du redressement".

Puis  il a pondu une phrase qui m'a drapée d'étoiles,  qui m'a laissé en vertige, en spirale de saisissement sur le divan : "Il est consubstantiel que la politique soit un exercice narcissisant pour ceux qui s'y livrent".

Peut-être que je me suis trompée et que je n'ai pas cité juste. Peut-être qu'il s'agissait d'une négation au lieu d'une affirmation.   Mais quelle importance ?

Il était tellement parfaitement impossible de détecter, sous les avalanches de rhétorique,  le début d'un embryon d'information.   Excepté, bien sûr,   le message subliminal (ou sublimement banal) usuel :

"P..., vous ne voyez pas qu’on est des anges ? On n'arrête pas de vous montrer nos auréoles, on vous bat même des ailes pour vous faire plaisir…  Foutez-nous la paix, à la fin!"

Un contenu que Lamartine formule bien mieux que moi :

"Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours..."




Michèle-Claire  Océano Nox Ibensaal a  actualisé son statu quo (pour l'instant).










NEWS OF THE WORLD


Aux U.S. une femme tue son mari à coups de tasse de café.

Ailleurs, un homme confond son fils avec un singe et le tue.

Au Togo, les femmes sont en grève du sexe pendant une semaine.

Étude : quel est l'animal le plus dangereux pour l'homme? Le requin? Le crocodile ? Pas du tout : le moustique.

Dans le même ordre d'idées : Martine Aubry réclame deux quinquennats de François Hollande.






L’ART DE LA FUGUE - 1


Aujourd’hui, fuite organisée.

Un, la télé. En torpeur devant les « nouvelles mesures » du gouvernement. Soudain, j’ai entendu Jean-Marc Ayrault émettre avec un air grave quelque chose comme : « la France a été affaiblie…».

Ah, la crampe. Il est encore là, à gratter la terre, à mâchonner les os de Sarkozy.

C’est lui-qui, c’est lui-qui, c’est lui-qui.
Mais quelle exténuante incontinence. J’ai zappé.

Pour mariner ailleurs, dans d’autres liturgies d’infos. Et le prix du carburant, et la Syrie, et les gaffes des républicains aux U.S., et le défilé souriant des ministres entrant à l’Elysée avec une sérénité bouddhiste. Et la Syrie, et le livret A, et les sourires de ministres, et la Syrie, et les Roms – et

Et là, ressuscitée de surprise. Des « Roms » expulsés, en vrac anxieux sous les arbres. Un prêtre leur apporte des provisions qu’il a achetées pour eux. Il dit : « 40 Euros – je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir… ».

J’ai failli tomber du divan. Je crois bien que j’avais les larmes aux yeux.

Je résiste à tout ce que je subis. Et à tout ce que je me fais subir.

Mais la bonté me renverse.
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