dimanche 19 août 2012

MOODS - 1






Bon.  Personne ne me lit.  Ca ne me surprend pas.  Et même ça aurait plutôt tendance à m’amuser – j’ai un esprit vraiment affreusement clair.

Alors, j’ai décidé que j’allais informer les vacanciers de Facebook qui bronzent sur le net avec une photo sur leur nombril – de mes états d’esprit.

Chaque fois que j’aurai le temps, bien sûr.

Ça fait partie du jeu, non ?

(Ou du « Je »… ?)

Bref. Et ruit oceano nox Ibensaal va se lancer dans les actualisations de statut.

Hier, j’ai marché.  J’ai vu un pigeon accablé  par la chaleur. J’ai aussi rencontré quelques humains avec des skateboards, qui cherchaient un ventre sur lequel rouler.

Ce matin, Dani m’a parlé d’un homme réellement plein de ressources, qui tenait un dépôt vente d’armures au moyen âge.  Il m’a aussi expliqué l’origine des plaids écossais et leur rapport étroit avec les retours de croisade.

C’était passionnant.  J’ai pleuré de suspense.









 
Ah, encore quelques réflexions, au hasard :

La France, au mois d’août, agite des pantoufles désapprobatrices dans le concert des nations.  (Ou des tongs ?)

Il y a une astronaute, à l’Élysée.  Quelqu’un qui, dès qu’elle ouvre la bouche, vous embarque instantanément dans le vide sidéral.  Le voyage est ronronnant, mais dangereux – il y a un risque de somnolence.  En plus on atterrit crashé, à plat, les tempes étoilées de migraine, un désespoir dans l’esprit.  (Elle a dit quelque chose ?  Il y avait un sens ???)




Faute de mieux, je traîne souvent dans les séries policières.  Mais je ne sais jamais qui a tué.  J’ai 2 problèmes :

1 – Les héros sont tellement vertueux que leur splendeur morale m’anesthésie.  C’est fatal.  Je m’endors juste quand l’enquête sort des fausses pistes pour traquer le vrai coupable.

2 – Les médecins légistes femmes me désorientent.  Elles cliquent claquent vers les cadavres sur des talons de trente centimètres.  Elles agitent des poumons comme des serpillières, et plantent sur vous un regard scientifiquement froid sous le rimmel en vous débitant un couplet pétéchique ou subdural.

Dans certaines séries, je me demande comment les enquêteurs résistent au vertige quand elles se penchent, bâtonnet d’exploration en main pour forer une mâchoire : d’un côté, le mort, tête cireuse, poitrine en Y grec et rigor mortis, de l’autre un vertige de décolleté – un Acapulco mammaire.

Après quoi, elles relèvent la tête, graves, un verdict fulgurant d’intelligence médicale sur leur bouche rouge pivoine qui semble prête à s’ouvrir dans un tout autre but.

L’inspecteur de service tient le coup, mais pas moi.  Pivoines, Acapulco et pétéchies m’endorment.

Je me réveille, sans solution, généralement dans une machine à laver, parce que c’est le moment de la pub.  Enquêteurs, cadavres, légistes et assassin ont disparu.  Une femme rayonnante me brandit au nez la lessive miracle qui vient de guérir le malaise profond de sa vie.

L’énigme reste entière.

Et Ruit Etc s’est actualisée for today.



jeudi 16 août 2012

ET RUIT OCEANO NOX




ET LA NUIT SURGIT DE L’OCÉAN


J’ai un ami à Chypre qui s’appelle Achille.  Il a des amis qui ont des noms vertigineux : « Osoi efugan ston ourano einai kapou ekei kai mas prosexun » – « Ceux qui sont partis dans le ciel sont quelque part là-bas où ils veillent sur nous ».

Ou : « Edoooooooo se thelo cardia mou » – « C’est iciiiiiiii que je te veux mon cœur ».

Ces noms ailés, exclamés, ardents sont passés sous mon nez comme des souffles de liberté.  Je veux, moi aussi, ajouter à mon nom un nom en orage – en rafale.

Je m’appellerai « Et ruit oceano nox ».

Entre Achille et Virgile, impossible de s’éloigner de Troie.

Ceci dit, autant être sur place.  Un article de la revue scientifique anglaise Nature, repris par Libération, prévoit à brève échéance un changement d’ère extrêmement sombre, qui déchaînera une violence de vie sur la terre.

Troie, capitale des ruines, va régner à nouveau.

Et ruit oceano nox a actualisé son statut.





INSTANT SHAKESPEARIEN


Devant l’incompréhension du monde, Dani se demande ce qui l’empêche de ne pas prendre un coca cola.





ÉTOURDISSEMENT


Je n’ai pas eu de temps le week end dernier.  Ou plutôt, le temps m’a eue – je suis tombée dedans.

Il faut dire aussi que j’ai fait ce voyage dangereux sur le divan.  Un click de décollage - et des heures dans l’espace. 

Le somptueux noir sidéral est miné. A voir, c’est un vertige.  Il traîne des ciels de lumière, des pourpres flottantes, des geysers d’étoiles.  Des planètes tigrées comme des fauves surgissent des ténèbres entre des marées boréales de nuages.

En fait ce n’est que, paraît-il, 5 %  de lui.  Le reste n’est que nuit sans retour, un brasier d’énergie à se rompre l’esprit - des chemins de gouffres où l’espace se noie.

Les irréversibles trous noirs, béants comme des mâchoires, digèrent le temps. Comme si l’univers, scorpion originel, vivait de sa mort, filant au-delà de toute compréhension humaine.

Il n’y a pas une étoile, pas un lac de lumière le long d’une galaxie, pas une bulle glacée en valse autour d’un soleil qui ne se compte pas en centaines de milliards - dans le voisinage concevable de la Voie Lactée.

Au-delà, on ne sait pas.  Il n’y a que la course sans limite de l’univers dans le noir.

Le Big Bang, il y a 13.700 milliards d’années. Au commencement était, disent les cosmologues, l’infiniment petit.

Un point qui a flambé dans le vide.  Et qui s’est répandu à l’infini autour de lui-même. 

Et qui peut-être, dans je ne sais pas combien de milliards de temps humain, de  déflagrations silencieuses de lumière, de soleils en cendres et de planètes évaporées – nous compris – se contractera à nouveau, jusqu’à n’être plus qu’une pulsation dans le noir.

Et après ?

Mais surtout – et avant ?

Il y avait quoi, avant la première seconde ?  Avant le silence incendiaire ?  Avant la nuit de l’espace ?

Avant le néant ?

Et avant lui ?

De quelle source a coulé la source du vide ?

C’est à perdre connaissance.







RÉFLEXIONS CLANDESTINES


Je me demande si la foi n’est pas un consentement à l’incompréhensible - et si, à un point d’intersection aussi insaisissable que celui des parallèles, la science ne la rejoint pas dans sa trajectoire vers l’inconnu.

Les uns errent dans les étoiles.  Les autres s’absorbent dans un dialogue intense avec le ciel. Pendant que les uns, penchés sur une fraction de météore, tiennent des années lumière dans la paume de leur main, les autres recueillent des âmes – ils ont l’éternité en vue.

Les uns cherchent passionnément, les autres ont passionnément trouvé.  Leurs visages sont habités.  Leurs yeux regardent ailleurs.  Ils ont dédié leur vie à ce qui les dépasse.

D’autres dépassent leur vie dans ce monde.  Ils écoutent le silence des déserts.  Ils dansent avec les murènes sous les océans. Ils enlacent des fauves ou des aigles pour ne pas que l’homme les efface.

Tous vivent au-delà d’eux-mêmes. Dans le cœur battant du temps.

Ils ne se sont pas accrochés à leur peau comme les ânes hystériques et  crevés que nous sommes, englués de routine, pliant sous nos egos et nos agendas.

Ils sont libres.







DANI DES MILLE ET UNE NUIT


C’est mon cousin jumeau.  Je l’appelle.  Je lui raconte, hantée, intense - une antenne, comme d’habitude, en frissons dans l’inconnu. 

Il me répond en invoquant son expérience personnelle - dans un récit interminable, onctueux, hypnotique d’absurdité, intolérablement drôle. 

Je pleure de révolte et de fou rire.

Je peux toujours dire à me déchirer les tripes, manier les mots comme des missiles ou des étoiles, frôler l‘arythmie – il tient à m’expliquer, sur un ton indulgent et calme d’initié, des évènements que, dans ma candeur, dans mon ignorance de profane, je suis incapable de comprendre.

Le génocide des mites - il me décrit leur déchirante obéissance au destin, il me cite leurs cris d’incompréhension : «  Mais enfin, pourquoi ? »   « Que s’est-il passé… ?  Nous vivions pourtant en bonne intelligence… »   « Pourquoi nous, Seigneur, ?   Pourquoi nous…? »

Je ne sais pas pour quelle raison, ces dernières paroles de mites m’ont rappelé des questions douloureuses entendues à New York l’année dernière, après un déplacement de DSK entre salle de bains et aéroport.  J’avais les yeux flous de larmes.

Mais il y a tout eu, avant – la grève des fossoyeurs, un palais aux colonnes suspectes dans un quartier has been de Saint-Petersbourg,  une vague de suicides chez les moustiques, le tensiomètre de l’archiduc, l’extinction d’une jeune femme dans une baignoire aux cris de « comme neige au soleil ! »,  les inconsolables de Copenhague qui marchaient sur le ventre de leurs fiancées pour se jeter des ponts de Paris,  la rencontre d’un renne dans le métro, le comité chargé des asperges au sein d’un joyeux club de Saint-Denis –

et même, en version Tolstoï, un détective lancé dans les alpages, le nez sur l’écho sulfureux d’un sabot.

…Des myriades de drames patiemment exposés dans mon oreille tout le long de ma vie, avec une lenteur hitchockienne, une implacable richesse de détails – et quelques judicieux silences philosophiques (le temps que je reprenne mon souffle).

L’autre jour, il m’a expliqué la puissance des loukoums et la portée géopolitique des modes de mastication.

Je suppliais : « arrête ! »

En vain.  Entre fou rire, quinte de toux et pile de Kleenex par terre, j’ai fini par m’insurger :

«  Tu es l’incarnation des pièges ! … De tous les pièges dans lesquels tombent les lapins, les loups - les armées ! »

Je n’ai réussi qu’à le lancer sur la mille et deuxième nuit.







                                                           

















 

dimanche 5 août 2012

HEY JUDE




« …and anytime you feel the pain, hey, Jude, refrain
don’t carry the world upon your shoulder »




MEMORY


La télé conduit la messe.  Et le divan est son autel.

Tout est annoncé comme primordial, sismique, hitchcockien. L’autre jour, les chaînes d’infos entonnaient en choeur la liturgie du prix du gaz - à part CNN qui se fout des factures françaises et la BBC, dont l’oeil britannique est rivé sur le monde (depuis Henry VIII - et probablement avant).

On nous a fait faire le tour du prix du gaz comme d’une scène de deuil – ou d’une scène de crime.  On nous a montré, avec des condoléances feutrées, les casseroles des victimes survolant les flammes bleues avant les coups de poignard qui les attendent en fin de mois.

Comme je suis toujours en train d’essayer de résoudre une équation centrale de mon existence,  que cet effort,  régulièrement vain, me laisse brumeuse et sans défense sur le divan - à la merci des croque-morts fiscaux et des déluges de clichés – je suis tombée en catalepsie dans les accents funèbres du prix du gaz. 

Avant de perdre conscience, il m’a semblé entendre pleurer le destin d’un « volailler » en sursis dans un « pôle frais ».

Demain, Lui Président goûtera une cacahuète à l’étal d’un marchand dans une ambiance de vacances, et le suspense reprendra autour de la cacahuète. Oblitéré, le prix du gaz. Abolis, les séjours de poulets en antarctique.

La mémoire des gens est aussi vide qu’un cendrier quand je ne suis pas là.

(Analogie dommageable.  Tant pis pour moi.)






MEMORY, SUITE

Si quelqu’un est au courant de la fragilité de la mémoire humaine, c’est Barack Obama, qui a construit son ascension messianique en s’appropriant le titre d’un livre écrit par Sammy Davis Junior : « Yes I Can ». Toute la planète a crié au génie et les américains, en larmes d’émotion, ont vu un archange descendre des nuages, dans un halo de miracle.

2008.  Obama en manches de chemise, les bras étendus vers le ciel (qu’il avait recruté pour sa campagne présidentielle)  chantant Martin Luther King : « I have a dream ! » - et les foules de tanguer d’adoration à sa voix, dans un orgasme océanique.

Obama, parvenu à son trône au sommet de la planète, en voyage et en messages divins dans le monde, svelte sous les spotlights devant les foules en transe - le geste grand, l’adjectif choisi, l’inspiration pesée.

…en rhétorique ininterrompue dans les amphithéâtres d’étudiants – seul, verbeux, radieux,  devant les milliers de bouches béantes et de visages fervents.

Un insatiable gourmand de gloire.

Nouvelle dissertation planétaire à l’intention du monde Arabe.  A Stockholm, on est hébété par cette diction impeccable et ce vocabulaire.  Mince, d’ailleurs, le vocabulaire.  Mais immense, l’art de s’en servir. 

On est confondu.  On confond tout – les discours avec les actes, l’intarissable Obama avec Galilée, Einstein, la colombe de Noé.  Ou Fred Astaire.  Il danse sur les esprits évanouis.  Il a tant de grâce. 

(Et de profonde froideur.  Et tant d’amour de lui.)

Trois adjectifs issus de cette élégante silhouette, deux points d’exclamation, et on est bouche bée.  A Stockholm, c’est l’étourdissement.  On titube dans les lauriers.

C’est le Nobel de la paix.

Un halo de plus.

Obama, inaccessible et bienveillant, répand son art oratoire partout dans le monde.

A Berlin, en je ne sais plus quelle année, John F. Kennedy, impuissant à n’être pas charmant, a lancé à la foule massée autour de lui : «  I am a Berliner », soulevant une gigantesque vague d’émotion.

Il me semble bien avoir entendu à Tunis, l’imperturbable Obama annoncer : «  I am a Tunisian… ».

Aucun pillage discret, aucun plagiat de circonstance ne dérange cet élégant opportuniste, concentré sur un but unique : rester assis au sommet du monde.

Je ne serais pas étonnée de l’entendre déclarer à son peuple, avec son cool habituel : « Vous pensez, donc je suis » (je pense, donc vous, on s’en fout - pourvu que vous caquetiez pour moi dans vos réseaux sociaux).

Ou :  « L’état, c’est vous… » (donc, c’est moi).

Ou : « Et pourtant, elle tourne… » (ma ré-élection).

Les Seals fondent sur le Pakistan.  Ben Laden est mouché comme une bougie.  La télé, toujours prodigue, nous balance quarante images d’Obama, attentif, intense, dans la situation room – dans la position exacte du penseur de Rodin. 

Veni, vidi, vici.  César, un subalterne, a trouvé le slogan.


Barack Obama est entré dans l’Histoire - comme le meilleur vendeur que la terre ait porté.  Il s’est vendu à toute la planète, et s’est assis dessus, avec une flûte qui a fait danser les continents.

Il est en train de se revendre, avec sa flûte et sa minceur de danseur.

L’Amérique est plus distraite qu’en 2008.  Plus lasse, aussi.  Mais elle suit déjà, machinalement, le rythme et les refrains.

Normal.  En face de l’artiste Obama, on a quoi ?  Un gaffeur.  Un qui - clong, clong - marche sur toutes les susceptibilités d’Europe et de Navarre.

Un Mitt Romney qui s’est fait incendier de sarcasmes en Angleterre pour avoir trouvé « disconcerting » la préparation des J.O.

No charisma.  Aucun vocabulaire.  Mais du talent pour mettre de l’huile sur le feu.

Mitt atterrit dans le chaudron Israël-Palestine, et là, il pond son explosive définition de Jérusalem : « la capitale d’Israël ».  Déflagration.

Réaction incendiaire des palestiniens et ronrons de désapprobation dans le concert des nations – un orchestre qui brille dans les siestes mentales et les coups de cymbales.

Jérusalem, capitale d’Israël ?  Ah bon ? 

Toute la terre est Alzheimer.  En 2008, année de campagne,  Barack Obama s’agenouillait, débordant d’amour, devant le lobby juif - et clamait que Jérusalem était la capitale d’Israël.

Personne n’a réagi.  Obama émettait vingt trois sons, on pleurait d‘émerveillement.

Dieu, qui a si longtemps fait du farniente dans les nuages de la Chapelle Sixtine, sans un regard pour l’humanité, venait de nommer du doigt son envoyé, le nouveau Moïse (beaucoup mieux habillé que le précédent).  Go down, Barack, let my people go !

(Aux urnes).

Et les juifs, peuple paradoxal dont la crédulité n’égale que le scepticisme, dont l’âme s’émeut soudain aux larmes, ont voté en choeur pour cet homme si disert et si prometteur, qui les aimait tant.

A peine le trône atteint, la couronne, posée, Air Force One sifflé au moindre bâillement du roi de la Maison Blanche, Jérusalem, décapitalisée, était remise à sa place – c’est à dire nowhere.  Et Israël glacialement snobbé.

Les juifs en désarroi, comme d’habitude, sont allés poser des questions peinées à leur interlocuteur bien-aimé, l’Éternel - qui, Lui, était déjà remonté se reposer sur son rocking chair de nuages, au bord de sa piscine Sixtine.

Pendant que les juifs essaient, le plus respectueusement du monde, de réveiller l’Éternel, que Mitt Romney se fait huer d’un pays à l’autre,  Obama assure son trône.

Dans le vide souverain des mémoires.



































dimanche 29 juillet 2012

SUNDAY SONG



 
VACUUM



Je suis vide comme un presse-papier

Ce qui prouve à quel point je suis vide parce qu’un presse-papier, lui, l’est rarement.  Il  y a toujours une fleur ou une bulle dedans.

On va dire que je suis vide comme la bulle dans le presse-papier.

Et là encore… J’ai entendu l’autre jour que nous, humains (nous, bipèdes inhumains), étions constitués de poussière d’étoile.

Alors, même la bulle est probablement une sorte de gare Saint Lazare où se bousculent neutrons, protons et gatecrashers quantiques.

Bon.  On va dire que je suis vide today comme une gare sans voyageurs – un faisceau de rails inhabités qui filent dans le silence.  Pas un neutron à bord.  Pas un proton à qui parler.

Je n’ai rien à dire.  Ce qui signifie, évidemment, que j’ai tout à dire. Comme le remarquait quelqu’un que j’ai connu : « trop égale rien ».  C’était un genre de physicienne.

Hier, j’ai mis le nez sur mes exaspérations, que je trouve suspectes.

Le sarcasme  peut conduire loin – beaucoup trop près de soi-même.

Danger.





THE QUEEN IN THE SKY WITH DIAMONDS


J’ai raté toute l’ouverture des J.O.   Je suis d’une intelligence sans limite pour rater les choses.  Et d’une intelligence illégitime pour le reste.

J’ai juste vu, le lendemain, entre deux couplets de news,  the Queen parachutée dans le noir, robe rose en zigzags, avant (ou après) le déchaînement des concerts de lumière.

J’avais les larmes aux yeux

Je suis toujours émerveillée par cette île inouïe, cette virgule sur l’eau, qui a mis les trois quarts de la planète au pas, et dont la langue est le seul passeport  au monde.

J’ai vu un jour un vieux film sur Calcutta au début du siècle dernier. Immaculée.  La Riviera.  Enfin, la Riviera du temps de Maugham. Hôtels et hommes en blancs, femmes volantées, indiennes en spirales blanches. Calme, Espace. Véhicules insolites, visages saisissants dans des rues fluides. Des quais idylliques le long du fleuve…

Ce n’était pas le Calcutta de Ghandi.  C’était juste anglais.


Les anglais ont une relation unique avec le réel.  Il sont capables d’un envol immédiat, fabuleux hors d’une situation.  Ils décollent en flèche et ré-atterrissent sur du velours.  Ils sont connus pour ces voltiges.

…Pour être des virtuoses de l’humour.

Il faut beaucoup de courage, d’élégance et de talent pour être vraiment extrêmement drôle.  Il faut pouvoir rompre dans l’instant avec le verbiage, le danger, la souffrance.  C’est une forme d’aristocratie de l’esprit.

Si l’humour est un don, c’est un don de bravoure.


J’ai été frappée par une remarque de Danny Boyle - saisie au vol dans la messe des infos.  Il disait, en substance, qu’il savait qu’il ne pourrait jamais faire aussi grandiose que la Chine.  Il conclut – et là, c’est l’art du renversement britannique dans toute sa brièveté et sa splendeur – que ce constat l’a « libéré », et qu’il allait pouvoir faire « différent ».

On peut peut-être parler de  « pensée latérale ».  Mais, pour moi,  c’est une réaction anglaise.  Je connais peu de gens que leur impuissance libère.

C’est pour ça que la reine en rose lâchée dans le noir au bout d’un drapeau m’a mis les larmes aux yeux.  C’était libre.  Différent.





LES COHUES DU BONHEUR


Les officiants de la télé éclosent en sourires.  Ils sont un peu mornes en Roumanie, plutôt graves en Syrie (théâtre insoutenable des inhumains que nous sommes), et très posés dans l’inventaire des crimes, des inondations et des plans sociaux.

Tout y passe, avec charme - la BCE, les espagnols, la dernière de Moody’s & Fitch et même une image éclair de Lui Président promenant son sacerdoce au milieu des populations émues.

Mais dès qu’on en vient au grand sujet d’actualité – les vacances - les récitants des infos sont gais comme des pinsons.

Hop.  D’abord, la météo.  Entrée en scène des danseurs qui virevoltent devant leur carte de France.   

Il y a une telle gaieté dans l’air qu’ils passeraient presque les nuages sous silence.  Une éclaircie leur arrache pratiquement un cri de ravissement.  Il sont d’une grande légèreté quand il pleut.  Et vous annoncent les orages avec un gracieux message de courage.  Bref, pluvieux ou non, embouteillé ou non, tout roule.

C’est l’avènement du druide « bison futé » qui lit l’avenir des routes.  Attentif à sa parole, le peuple des « vacanciers » déferle vers les herbes, les coccinelles et le sable.

Gros plan sur un hôtelier joyeux qui a rencontré le soleil.  Interview d’une vacancière, cheveux au vent, qui promène son petit vacancier.  Travellings insatiables sur les plages.

Et là…  Si Sherlock Holmes, descendait lui aussi des J.O. en parachute, sa loupe à main, il chercherait inlassablement un centimètre carré d’eau libre, où ne barbote pas un corps humain.  Il ne pourrait pas mettre le nez dans le sable sans rencontrer un pied, un sein, un bâillement ou un jus de fruit.

Il serait vaincu par le bonheur.

Paris Plage – rush hour sous les douches, grappes humaines autour des glaciers. Sur les pelletées de sable obligeamment fournies par un maire au grand cœur,  des bras, des jambes, des ventres, des nez lunettés à perte de vue.  Et des imbroglios de cris et de galops sur les gisants.



Je n’aime que l’espace, le temps, la musique du vent.  Et l’intimité somptueuse de la mer.

Je suis perdue.




















dimanche 15 juillet 2012

DEUX DANSES POUR VIOLON




 DOPPELGÄNGER


Je viens de passer  au moins 2 heures sur Facebook.  Exceptionnel.  En général,  je passe 3 minutes sur l’Iphone.

Là, c’était le Mac.  Un temps interminable à traîner et à pérorer partout, le nez sur les « murs ».  La migraine.

J’ai l’impression d’avoir remonté le Mississipi en pédalo (un peu comme Lui Président dans les tempêtes).

J’ai parlé – enfin, clické – avec Judith que, bien entendu, je ne connais pas, mais qui m’avait « invitée ». 

Et je me suis aperçue qu’en une ligne et demie que je lui adressais pour « commenter » une photo,  j’avais défini mon « profil ». 

…Ce que je ne m’étais jamais souciée de faire jusque là.  D’ailleurs, je suis parfaitement incapable de me « définir ».  J’aurais l’impression de me changer en post it et de me retrouver collée sur un réfrigérateur.

Mais, là, pas du tout.  J’ai pondu quelques mots – et je suis restée sans  voix.   Devant moi.

Doppelgänger.

J’avais écrit :

« Je vois des loupes géantes dans le ciel et des soldats sans violon dans les rues… »

Le soldat israëlien de Judith jouait dans une rue d’un violon parfaitement visible - que je ne voyais pas.

Mais que j’entendais sans le voir.  Voilà.  That’s all folks.  That’s me.







HARCÈLEMENT


 Quelqu’un que je ne nommerai pas a fondu l’autre jour sur l’écran de la télé, avec une tête d’oiseau, un bec béant et un vocabulaire en béton armé :

Cette étoile du gouvernement voulait « plus d’exemplarité et plus de moralisation ».

Please.

Un autre champion de Lui Président – je ne sais plus qui – tout mousseux de mots,  a parlé de « solutions responsables ».

Pitié.

Hier, les palmiers de feu du 14 juillet explosaient en chaîne à l’une de mes fenêtres.  Je n’ai pas regardé – j’ai l’esprit ailleurs.  De temps en temps, Il y a une pleine lune qui navigue dans les rideaux.  Si un loup garou rôdait sur le boulevard, hululant, en quête d’un sandwitch humain, je crois que je ne m’en apercevrais même pas.

Je me suis juste appliquée à ne pas laisser un seul mot du bourdonnement présidentiel m’atteindre une seule oreille.  Pas pour longtemps : j’ai dû zapper au hasard et une bulle verbeuse géante m’est tombée dans les tympans – « l’état ne laissera pas faire… ».

Il n’y a pas moyen d’échapper.   Je dérive parfois dans les infos –  scotchée par la nature humaine.  Sidérée, en fait, de n’être jamais surprise. 

Et – boum.  Lionel Jospin atterrit en direct de la planète Mars.  Chargé de quoi ?  D’un parachute ?  D’une traînée de poussière galactique sur les revers de sa veste ?  D’un message de l’Enterprise ?

Pas du tout.  Chargé - accrochez-vous - d’une « commission  de moralisation de la vie politique ».

Pitié !
 
Qui va proposer une loi contre ce harcèlement ? Contre ce scalp des esprits ?  Contre ce viol quotidien des oreilles ?

Qui ?
















samedi 14 juillet 2012

LOST

 



PERPLEXITÉ


D’un côté :

Amsterdam liquide ses vitrines de corps ondulants et de lumières rouges.  La ville est en quête de centres de tourisme plus généraux et moins inspirants – genre ponts, musées,  monuments, envolées de pigeons.

Why not.  En France, une des têtes pensantes du gouvernement a eu une idée : on passe la prostitution dans la colonne des infractions.  Dandinements nocturnes, érections furtives,  crissement de billets et parfums de péché verbalisés.

L’heure est victorienne - la syphilis en moins, les smartphones en plus.

Parallèlement :

Si Anna Karénine avait vécu au 21 ème siècle, elle se serait fait conspuer pour n’avoir pas mis le pied – ou le string – au moins une fois dans un club échangiste.

Un œil sur le fisc, les hétéros fuient le mariage.  L’âme dans les nuages, les homos pleurent et piétinent pour convoler.

I am so lost.




DÉSARROI


-  On  vit comme des aveugles – du bout des doigts.  La planète dans la paume de la main.  Des végétaux digitaux.

-  Facebook m’étonne et m’amuse.  Normal que son créateur soit milliardaire.   Il a créé un lieu d’explosion des nombrils, un choeur d’hymnes à l’indifférence.  A lui, le lait et les dollars des deux mamelles émotionnelles de l’humanité .

Ceci dit, je dois reconnaître qu’il y a des nombrils intéressants et des indifférences qui méritent le détour.  Néanmoins c’est Grand Central.  Et beaucoup de bagages qui passent sans voyageurs.


-       La vérité me dépayse.  J’ai besoin de ce vertige.





INCRÉDULITÉ


Les discours de Jean-Marc le Héros : aussi palpitants que la météo.  Il m’inspire une vague (très vague) pitié.  Il va au feu.  Il tape laborieusement du poing dans le vide.  Il annonce les saignées fiscales.  Noyé dans la verbosité officielle, il hulule des « non ! » tonitruants à l’évidence.

Ce serait tellement plus reposant et plus clair s’il nous disait, par exemple : «  vous êtes des imbéciles, on va vous faire les poches, et vous chanter notre splendeur jusqu’à ce que vous vomissiez  vos cartes d’électeurs ».

Pendant ce temps l’autre, Lui Président, est en vacances pour 5 ans.  C’est tout juste s’il ne bronze pas devant un micro. Et s’il ne rote pas de béatitude à la dérobée.  De temps à autre, Il se dérange pour épingler une médaille ou chanter un cantique en public, avant de retourner à sa bienheureuse sieste présidentielle.

Il est particulièrement en forme dans le funèbre.  Les morts ne discutent pas.  On peut avoir le geste noble sous les caméras.  C'est sans danger. 

Il est spirituel, en plus.  Probablement un homme charmant en privé ou en groupe .  Mais, assis par effraction dans les ors de l’Elysée, trônant sous son titre extorqué, drapé dans sa petitesse, il sonne si faux que je me demande si un pays tout entier est devenu sourd et myope – gouverné par un pickpocket de voix.  Un voleur de destin.

Est-ce que je suis la seule à voir ses mains virevolter de malaise autour de ses poches lorsqu’il officie en public ?  À observer, stupéfaite, ses sourires tirés, mièvres lorsqu’il ne sait pas sur quel pied danser ?  À m’étouffer de choc devant le masque momifié qu’il arbore devant les armées, les monuments et les cercueils ?

Je crois que je suis la seule.

I am lost.













dimanche 8 juillet 2012

NO TIME

no time to write

à part ceci :


Il y a une photo sur la une du Point qui a brièvement soulagé la migraine politique que j'ai en ce moment - un peu comme un Doliprane.

Can't help it.  Je suis allergique à l'ineptie.  Et la mauvaise foi me donne des crampes.  Depuis le 6 mai, je fatigue.



Et, dans la colonne nécrologique :

Les Guignols de Canal + font les cimetières de l'information.  Ils déterrent Sarkozy, Chirac, Bayrou, Eva Joly... 

Silence religieux sur l'actualité.

Ils se contentent de tripoter un cadavre médiatique par jour.

Ils ont dépecé Nicolas Sarkozy, à vif, pendant 5 ans - mais là, ils sont en tutu, sur la pointe des pieds entre les tombes. 

...Pieusement muets devant les apôtres sur les vitraux de l'Elysée, qui donnent l'extrême onction à ce qui nous reste de revenus

...Recueillis et bouche cousue devant  Sainte Christiane en état de béatitude perpétuelle, Sainte Najat de la Chasteté, Saint Jean-Marc Qui-Ne-Renonce-Pas,  Saint Pierre Moscovici qui crache sur les damnés de l'UMP - et le Très Haut, là haut, qui rayonne dans une divine absence de sens du ridicule.