dimanche 14 octobre 2012

LONERS

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 LIFE IS A LONELY JOB



QUESTION

no time to write:  si je lance une petite pluie de tweets sur mes 3 centimètres carrés de facebook, il sortira peut-être un géranium?




DÉFINITION ?

Facebook, c'est la gare centrale de la planète - les bagages s'empilent sur des continents



LE SILENCE DES CACTUS

Hello people, ghosts of my life et toi, le pigeon qui inspecte le bord de la fenêtre
"I'VE BEEN THROUGH THE DESERT ON A HORSE WITH NO NAME..."
Je m’époumone dans le silence des cactus
who cares two shits about what I say or write ?
je tombe des nuages, je viens vraiment d’ailleurs
hello, le désert, les cactus - les oiseaux qui se posent et qui rient sur ma tête

("....IN THE DESERT YOU CAN REMEMBER YOUR NAME")


ÉNIGME
Should Obama light a cigarette ? should he wear the bottom of his trousers rolled ? and hasn't he lit your fire?


RÉVÉLATIONS

 
j'ai éternué à 11 H 30 ce matin, j'ai ensuite mis le nez à fenêtre et vu tomber 3 feuilles - en plus, je crois bien que j'ai bu 2 cafés

j'ai entendu le voisin d'à côté prendre un bain (Niagara familier dans le mur du hall) et le nouveau voisin du dessus danser au plafond avec son marteau et sa perceuse - un cérémonial qu'il a entrepris en juillet et qu'il poursuit religieusement

je me suis posée 10 minutes dans un fauteuil et j'ai découvert qu'un épisode de la Genèse m'avait beaucoup affectée - naturellement, j'en ai aussitôt informé Twitter (Tsilla7: breaking news)

ah, j'oubliais: j'ai aussi regardé l'heure (plus tard dans la matinée) - une source constante de tension, qui m'a conduite à allumer une cigarette

il me semble que je livre là des informations précieuses

il vient un moment dans la vie où il faut dire les choses









AMENDE HONORABLE



de quoi je me mêle, Seigneur ?  de quoi je me mêle?  mais de quoi je me mêle?

je suis là, à pontifier,  à professer des opinions - mais heureusement que personne ne m'écoute...

ma seule circonstance exténuante,  comme disent les anglais,  c'est que je suis obligée  de donner des coups dans le mur, de frapper comme une sourde, de lancer des mots dans tous les sens - jusqu'à ce que j'accède à une oreille,  puis à deux,  puis à...

j'ai un chant à chanter, avant de tomber de cette planète

on est au 21e étage du temps occidental - le monde tient dans la paume de la main, un frôlement de l'index et - clac, il s'ouvre comme une huitre

il n'y à plus qu'à consommer - ou à dégainer son vocabulaire

plus de plume, ni de chandelle, ni de notes angoissantes de café chez l'épicier de Balzac - plus d'Underwood à la Dashiell Hammett avec un néon qui clignote en face,
même plus de stylo et de bloc

plus que des écrans - bondés

il faut en passer par ces réseaux de couloirs sociaux,  pleins de foules absentes et d'échos   -  (et est-ce que je suis la seule à entendre dans cette obscurité sangloter des milliers d'egos?)  

avant de chanter,  il faut tousser, pondre,  poster,  clamer,  tambouriner  - épuiser l'Iphone, camper sur le Mac

tant pis si je  marche férocement sur mon sens privé du ridicule - et sur ma perception du déshonneur

..."amende" dépoitraillée, les yeux cernés, avec un honneur en serpillière, qui traîne par terre

who the hell  cares?  

il y a toujours en moi  (comme en mon cousin jumeau)  quelqu'un qui danse tout seul et qui rit comme un fou

nous sommes des crucifiés du ridicule, mais il ne nous tue  pas

il nous  fait juste, parfois,  mourir de rire

may God forgive us,  nous sommes illégitimes

samedi 22 septembre 2012

DEEP DOWN


TODAY’S HAPPY THOUGHTS

 * la clé de l’élection américaine, c’est le charme :  pendu à son trône, Obama charme même les mouches – Romney, lui, ne sait pas danser

* la laïcité selon Marine : à partir de maintenant, tous les français devront porter un béret et une baguette de pain

* de toute ma vie, je n’ai jamais su comment punir ceux qui punissent les autres

* la phrase choc de Moscovici : « si les retraités sont riches, ils sont riches avant d’être retraités »
ça fait un peu tour des élevages : on choisit les plus beaux steaks et les meilleures laitières
on est dans l’intello-alimentaire

* Dani déménage -  Curiosity  a trouvé un de ses cartons sur Mars




SHENANDOAH


 j’ai l’impression de balancer des articles et des liens en plusieurs exemplaires sur facebook - comme des pubs dans une boîte aux lettres

je traîne les coins vides, je fais les murs, je colporte, je fourgue mes mots partout, n’importe où, à n’importe qui – c’est tout juste si je ne les promène pas en charrette en criant sous les fenêtres

je fais comme tous les résidents du vingt et unième  siècle : je me spécialise dans  l’indignité

ma seule grâce est qu’au fond – deep down - je m’en fous

il y a quelque chose en moi qui danse sur tout

je crois que c’était le Général Sheridan (guerre de Sécession) qui disait :

« never apologize, never explain »

une règle d’or

mais, hello, general – facebook, ce n’est pas la vallée de Shenandoah qui s’est aplatie sous votre cheval  (j’ai fait un tour sur Google)

facebook, on tombe dedans comme dans une marmite - et on pédale au hasard,  jusqu’à ce que le temps prenne un malaise et nous un vertige d’imbécillité

we are a long way away from the  Shenandoah river






MESSAGE DE L'ESPACE

j'ai beau m'appliquer, je reste une étrangère sur cette planète

de temps en temps, j'oublie - et puis un hasard,  un détail me crashe dans la réalité

hier, zappé 2 secondes dans un débat parisien
j'ai vu un couple : lui, brushing en verre pilé, tracé au râteau, regard de drague et sourire nerveux – crispé sur sa chaise, une main sur son talent comme sur une braguette

... elle, hiératique, visage dressé comme un sphinx, paupières et lèvres mi-closes, signalant qu'elle vivait dans un univers raréfié, loin au-dessus du chahut des médiocres

cette vision m'a étourdie - et rappelé que je ne suis, après tout, qu'un extraterrestre clandestin avec un ADN vite suffoqué

enfin

j’ai au moins un ami terrien






CLIMATE CHANGE

13.09.12 - L'AMÉRIQUE

aujourd'hui, je me sens un peu comme Christophe Colomb

j'ai découvert à l'Amérique sur Europe 1

depuis hier, je pleure de rire trois minutes par jour

trois magnifiques, pures, pleines, sanglotantes minutes
je ne le connaissais pas  - il s'appelle Nicolas Canteloup

maintenant, il sauve infailliblement, chaque jour, trois minutes de ma vie

c'est l'Amérique


22.09.12  - L’ARCTIQUE

pas toujours, malheureusement

parfois, c’est le grand froid

tellement lasse d’entendre brocarder DSK, devenu pour toute la France une sorte de chauve-souris en peignoir léopard, braquant sur  la Création un pénis à jet ininterrompu

je ne supporte plus les crimes d’intelligence






PARENTHÈSE


shana tova à mes millions de cousins dans le monde

et shana tova à tous ceux qui ne savent pas ce que ça veut dire

Shana tova à mes frères tigres

et shana tova à toute la Création, que des hordes de bipèdes maniaco-dépressifs insultent depuis je ne sais plus combien de millions d’années.









dimanche 16 septembre 2012

MEETING



A MEETING BETWEEN
GOD, WOODY ALLEN, THE AUTHOR 
OF STEVE FINDUS,
AND  A CULTURAL OFFENDER



                                                                                     


Eric Sintès  a invité Woody Allen chez Michèle-Claire Ibensaal
et Woody Allen a invité Dieu
(probablement pour lui faire une scène, comme d’habitude)















Woody Allen


 If God exists, I hope He has a good excuse









  God
………………………
(Il est silencieux depuis le Sinaï – je Le comprends)



















Michèle-Claire Ibensaal 


Woody Allen ?

Je sais que je suis dans la délinquance culturelle - mais...
Éric - pitié !

il est brillant, tout ce que tu veux - but I can't stand him : il vit le nez trempé dans son nombril comme dans une tasse de café

I don't know about God, I am not sure about man - mais, en tout cas, pour moi, lui, il n'a pas d'excuse











 





 Bon j'ai été obligé de vous signaler à la police culturelle. ( Ne m'en veuillez pas : c'est dans votre intérêt. ) Oui moi aussi, le personnage m'a déçu avec le temps (mais reste pour moi une icône) mais putain ses fulgurances m'éblouieront toujours. Et je vous connais trop pour croire qu'elles vous indiffèrent. Biz.















 Michèle-Claire Ibensaal


je ne leur échappe pas, bien sûr
elles m’amusent – mais jamais profondément,  jamais jusqu’à l’envol
en tout cas, toi, je trouve que tu n’es pas mal fulgurant non plus, sous les lignes

bref :


 

on en est toujours au même point


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DOCUMENT

(Texte de Michèle-Claire Ibensaal retrouvé dans une crypte au fond de Facebook)






MOODY WOODY



 Vu Midnight In Paris, que j’avais réussi à rater.

Woody Allen, un des plus grands nombrilistes actuels, doué, d’accord, drôle aussi, oui, oui, mais à qui je reste fermée – ce qui, je le sais est de la plus haute incorrection culturelle – a choisi un clone pour incarner le héros de Midnight in Paris.

Il balance dans sa nuit magique, entre les bars fumeux où discourt  Hemingway et les folles soirées charleston, une sorte de Woody Allen II, grand, blond, jeune et plutôt ahuri, qui est censé avoir les yeux tristes de l’unique Woody : « you have sad eyes «  - la réplique tourne en boucle dans les rues nocturnes.

Autour de lui, évidemment, s’agitent des humains préfabriqués et bavards.  Dans le  chahut de ces béotiens, le Woody blond promène, déstabilisé, son cœur en chamade, son amour de l’art  et son nez dépressif. 

Le film avait beaucoup de charme.   Mais, comme toujours, le nez de  Woody Allen  trempe dans son ego.

Comme dans une tasse de café.






lundi 3 septembre 2012

ON AND OFF




L'art de la fugue - 2


J'ai passé le week-end assez agréablement, à suicider mes journées.

Ca a commencé vendredi nuit par CNN et la convention républicaine à Tampa.

Entre un Rubio (  Narcisse rayonnant) et  un Romney (pas si antipathique que ça, le pauvre) - entre  les drapeaux, les ballons étoilés, les foules en passion et en chapeaux fous - j'ai vu intervenir Clint Eastwood.

Décrié partout.  Et irrésistiblement élégant, cool, redoutable, drôle.

Je riais de plaisir.  L'intelligence m'enchante.  Le courage me ranime.  Et le charme tombe sur moi comme un état de grâce.

Ça a été le bref joyau de mon week end.

Samedi matin : en catalepsie toute la matinée devant les news.

Après quoi,  j'ai consacré l'après-midi à l'iPhone, effleurant d’un index aérien CNN, la BBC, le New York Time, le Washington Post, le Herald Tribune – entre autres - pour découvrir les réactions aux U.S. (post-convention républicaine et pré-convention démocrate).

Il a aussi absolument fallu lire les analyses sur la course  à la splendeur, au luxe planétaire,  aux zooms célestes de continent en continent sur Air Force One - entre le plouc plouc Mitt Romney et le danseur étoile Obama.

Avec, naturellement, des entractes sur Facebook,  histoire de poster çà et là des commentaires  oiseux - pendant que les légions de montres et de réveils qui peuplent mon appartement scandaient l'extinction de la journée (j'ai un conflit de longue date avec le temps).

Hier  matin, dimanche : à nouveau en évaporation mentale sur le divan, télécommande flâneuse, zappant de ci, zappant de là, avec une détermination vague de zombie  .

Normal . Ce week-end, j'avais des choses vraiment essentielles,  audacieuses à faire. (Qu'il faudra bien faire un jour).  Donc, le mot d’ordre était : courage, fuyons.


En tout cas,  c'est comme ça, en traînant comme un cancre hors de ma vie, que j'ai appris sur la BBC qu'une Bible et un caleçon - non lavé -  ayant appartenu à Elvis Presley allaient être mis aux enchères.

Le  commentateur a observé avec une sobriété britannique qu'on pouvait peut-être trouver  légèrement "déconcertant" l'état du caleçon.  Non ?

Click, bâillement, zapping.

Soudain, le piège.

Comme un oiseau cloué sur place par le regard froidement dragueur d'un serpent - je suis restée fixe sur le divan, télécommande en l'air.  Hypnotisée par le discours ininterrompu, velouté, ondulatoire d'un ministre de Lui Président.

Un homme courtois, très calme. Mais  Il  fusait de lui des arias de langage, d’amples envolées grammaticales, des bourdonnements, des vibrations et des circonvolutions verbales qui laissaient les trois journalistes en face de lui muselés.  En état de sidération.

Des vétérans, pourtant.  Mais tous en manque d'air, l'oeil vitreux, chancelants, suffoqués par ce tsunami de vocabulaire, de subordonnées relatives et d'implacable  bienveillance.

...L'interviewé - ignorant impérialement tout reflet de question qui tremblait au bord d’une lèvre - chantait, inlassable,  le rôle christique du gouvernement, décrivait  par le menu les objectifs et les stratégies de ce groupe d'archanges soucieux,  descendu en France pour sauver le monde, au  milieu des ruines laissées  par Attila Sarkozy.

Il expliquait et ré-expliquait  à perte de vue le difficile parcours de ces quelques héros  qui poursuivaient stoïquement leur mission de rédemption, affrontant sans faiblir les mesquineries des médias,  les évaluations bornées des sondages, la déplorable impatience ambiante et les réflexions ignobles  de la droite.

Il a même expliqué, au cas où il y aurait  des arriérés mentaux dans la salle, qu'il serait bon de comprendre et d'intégrer la notion de "temporalité du redressement".

Puis  il a pondu une phrase qui m'a drapée d'étoiles,  qui m'a laissé en vertige, en spirale de saisissement sur le divan : "Il est consubstantiel que la politique soit un exercice narcissisant pour ceux qui s'y livrent".

Peut-être que je me suis trompée et que je n'ai pas cité juste. Peut-être qu'il s'agissait d'une négation au lieu d'une affirmation.   Mais quelle importance ?

Il était tellement parfaitement impossible de détecter, sous les avalanches de rhétorique,  le début d'un embryon d'information.   Excepté, bien sûr,   le message subliminal (ou sublimement banal) usuel :

"P..., vous ne voyez pas qu’on est des anges ? On n'arrête pas de vous montrer nos auréoles, on vous bat même des ailes pour vous faire plaisir…  Foutez-nous la paix, à la fin!"

Un contenu que Lamartine formule bien mieux que moi :

"Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours..."




Michèle-Claire  Océano Nox Ibensaal a  actualisé son statu quo (pour l'instant).










NEWS OF THE WORLD


Aux U.S. une femme tue son mari à coups de tasse de café.

Ailleurs, un homme confond son fils avec un singe et le tue.

Au Togo, les femmes sont en grève du sexe pendant une semaine.

Étude : quel est l'animal le plus dangereux pour l'homme? Le requin? Le crocodile ? Pas du tout : le moustique.

Dans le même ordre d'idées : Martine Aubry réclame deux quinquennats de François Hollande.






L’ART DE LA FUGUE - 1


Aujourd’hui, fuite organisée.

Un, la télé. En torpeur devant les « nouvelles mesures » du gouvernement. Soudain, j’ai entendu Jean-Marc Ayrault émettre avec un air grave quelque chose comme : « la France a été affaiblie…».

Ah, la crampe. Il est encore là, à gratter la terre, à mâchonner les os de Sarkozy.

C’est lui-qui, c’est lui-qui, c’est lui-qui.
Mais quelle exténuante incontinence. J’ai zappé.

Pour mariner ailleurs, dans d’autres liturgies d’infos. Et le prix du carburant, et la Syrie, et les gaffes des républicains aux U.S., et le défilé souriant des ministres entrant à l’Elysée avec une sérénité bouddhiste. Et la Syrie, et le livret A, et les sourires de ministres, et la Syrie, et les Roms – et

Et là, ressuscitée de surprise. Des « Roms » expulsés, en vrac anxieux sous les arbres. Un prêtre leur apporte des provisions qu’il a achetées pour eux. Il dit : « 40 Euros – je ne sais pas combien de temps je pourrai tenir… ».

J’ai failli tomber du divan. Je crois bien que j’avais les larmes aux yeux.

Je résiste à tout ce que je subis. Et à tout ce que je me fais subir.

Mais la bonté me renverse.
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dimanche 19 août 2012

MOODS - 1






Bon.  Personne ne me lit.  Ca ne me surprend pas.  Et même ça aurait plutôt tendance à m’amuser – j’ai un esprit vraiment affreusement clair.

Alors, j’ai décidé que j’allais informer les vacanciers de Facebook qui bronzent sur le net avec une photo sur leur nombril – de mes états d’esprit.

Chaque fois que j’aurai le temps, bien sûr.

Ça fait partie du jeu, non ?

(Ou du « Je »… ?)

Bref. Et ruit oceano nox Ibensaal va se lancer dans les actualisations de statut.

Hier, j’ai marché.  J’ai vu un pigeon accablé  par la chaleur. J’ai aussi rencontré quelques humains avec des skateboards, qui cherchaient un ventre sur lequel rouler.

Ce matin, Dani m’a parlé d’un homme réellement plein de ressources, qui tenait un dépôt vente d’armures au moyen âge.  Il m’a aussi expliqué l’origine des plaids écossais et leur rapport étroit avec les retours de croisade.

C’était passionnant.  J’ai pleuré de suspense.









 
Ah, encore quelques réflexions, au hasard :

La France, au mois d’août, agite des pantoufles désapprobatrices dans le concert des nations.  (Ou des tongs ?)

Il y a une astronaute, à l’Élysée.  Quelqu’un qui, dès qu’elle ouvre la bouche, vous embarque instantanément dans le vide sidéral.  Le voyage est ronronnant, mais dangereux – il y a un risque de somnolence.  En plus on atterrit crashé, à plat, les tempes étoilées de migraine, un désespoir dans l’esprit.  (Elle a dit quelque chose ?  Il y avait un sens ???)




Faute de mieux, je traîne souvent dans les séries policières.  Mais je ne sais jamais qui a tué.  J’ai 2 problèmes :

1 – Les héros sont tellement vertueux que leur splendeur morale m’anesthésie.  C’est fatal.  Je m’endors juste quand l’enquête sort des fausses pistes pour traquer le vrai coupable.

2 – Les médecins légistes femmes me désorientent.  Elles cliquent claquent vers les cadavres sur des talons de trente centimètres.  Elles agitent des poumons comme des serpillières, et plantent sur vous un regard scientifiquement froid sous le rimmel en vous débitant un couplet pétéchique ou subdural.

Dans certaines séries, je me demande comment les enquêteurs résistent au vertige quand elles se penchent, bâtonnet d’exploration en main pour forer une mâchoire : d’un côté, le mort, tête cireuse, poitrine en Y grec et rigor mortis, de l’autre un vertige de décolleté – un Acapulco mammaire.

Après quoi, elles relèvent la tête, graves, un verdict fulgurant d’intelligence médicale sur leur bouche rouge pivoine qui semble prête à s’ouvrir dans un tout autre but.

L’inspecteur de service tient le coup, mais pas moi.  Pivoines, Acapulco et pétéchies m’endorment.

Je me réveille, sans solution, généralement dans une machine à laver, parce que c’est le moment de la pub.  Enquêteurs, cadavres, légistes et assassin ont disparu.  Une femme rayonnante me brandit au nez la lessive miracle qui vient de guérir le malaise profond de sa vie.

L’énigme reste entière.

Et Ruit Etc s’est actualisée for today.



jeudi 16 août 2012

ET RUIT OCEANO NOX




ET LA NUIT SURGIT DE L’OCÉAN


J’ai un ami à Chypre qui s’appelle Achille.  Il a des amis qui ont des noms vertigineux : « Osoi efugan ston ourano einai kapou ekei kai mas prosexun » – « Ceux qui sont partis dans le ciel sont quelque part là-bas où ils veillent sur nous ».

Ou : « Edoooooooo se thelo cardia mou » – « C’est iciiiiiiii que je te veux mon cœur ».

Ces noms ailés, exclamés, ardents sont passés sous mon nez comme des souffles de liberté.  Je veux, moi aussi, ajouter à mon nom un nom en orage – en rafale.

Je m’appellerai « Et ruit oceano nox ».

Entre Achille et Virgile, impossible de s’éloigner de Troie.

Ceci dit, autant être sur place.  Un article de la revue scientifique anglaise Nature, repris par Libération, prévoit à brève échéance un changement d’ère extrêmement sombre, qui déchaînera une violence de vie sur la terre.

Troie, capitale des ruines, va régner à nouveau.

Et ruit oceano nox a actualisé son statut.





INSTANT SHAKESPEARIEN


Devant l’incompréhension du monde, Dani se demande ce qui l’empêche de ne pas prendre un coca cola.





ÉTOURDISSEMENT


Je n’ai pas eu de temps le week end dernier.  Ou plutôt, le temps m’a eue – je suis tombée dedans.

Il faut dire aussi que j’ai fait ce voyage dangereux sur le divan.  Un click de décollage - et des heures dans l’espace. 

Le somptueux noir sidéral est miné. A voir, c’est un vertige.  Il traîne des ciels de lumière, des pourpres flottantes, des geysers d’étoiles.  Des planètes tigrées comme des fauves surgissent des ténèbres entre des marées boréales de nuages.

En fait ce n’est que, paraît-il, 5 %  de lui.  Le reste n’est que nuit sans retour, un brasier d’énergie à se rompre l’esprit - des chemins de gouffres où l’espace se noie.

Les irréversibles trous noirs, béants comme des mâchoires, digèrent le temps. Comme si l’univers, scorpion originel, vivait de sa mort, filant au-delà de toute compréhension humaine.

Il n’y a pas une étoile, pas un lac de lumière le long d’une galaxie, pas une bulle glacée en valse autour d’un soleil qui ne se compte pas en centaines de milliards - dans le voisinage concevable de la Voie Lactée.

Au-delà, on ne sait pas.  Il n’y a que la course sans limite de l’univers dans le noir.

Le Big Bang, il y a 13.700 milliards d’années. Au commencement était, disent les cosmologues, l’infiniment petit.

Un point qui a flambé dans le vide.  Et qui s’est répandu à l’infini autour de lui-même. 

Et qui peut-être, dans je ne sais pas combien de milliards de temps humain, de  déflagrations silencieuses de lumière, de soleils en cendres et de planètes évaporées – nous compris – se contractera à nouveau, jusqu’à n’être plus qu’une pulsation dans le noir.

Et après ?

Mais surtout – et avant ?

Il y avait quoi, avant la première seconde ?  Avant le silence incendiaire ?  Avant la nuit de l’espace ?

Avant le néant ?

Et avant lui ?

De quelle source a coulé la source du vide ?

C’est à perdre connaissance.







RÉFLEXIONS CLANDESTINES


Je me demande si la foi n’est pas un consentement à l’incompréhensible - et si, à un point d’intersection aussi insaisissable que celui des parallèles, la science ne la rejoint pas dans sa trajectoire vers l’inconnu.

Les uns errent dans les étoiles.  Les autres s’absorbent dans un dialogue intense avec le ciel. Pendant que les uns, penchés sur une fraction de météore, tiennent des années lumière dans la paume de leur main, les autres recueillent des âmes – ils ont l’éternité en vue.

Les uns cherchent passionnément, les autres ont passionnément trouvé.  Leurs visages sont habités.  Leurs yeux regardent ailleurs.  Ils ont dédié leur vie à ce qui les dépasse.

D’autres dépassent leur vie dans ce monde.  Ils écoutent le silence des déserts.  Ils dansent avec les murènes sous les océans. Ils enlacent des fauves ou des aigles pour ne pas que l’homme les efface.

Tous vivent au-delà d’eux-mêmes. Dans le cœur battant du temps.

Ils ne se sont pas accrochés à leur peau comme les ânes hystériques et  crevés que nous sommes, englués de routine, pliant sous nos egos et nos agendas.

Ils sont libres.







DANI DES MILLE ET UNE NUIT


C’est mon cousin jumeau.  Je l’appelle.  Je lui raconte, hantée, intense - une antenne, comme d’habitude, en frissons dans l’inconnu. 

Il me répond en invoquant son expérience personnelle - dans un récit interminable, onctueux, hypnotique d’absurdité, intolérablement drôle. 

Je pleure de révolte et de fou rire.

Je peux toujours dire à me déchirer les tripes, manier les mots comme des missiles ou des étoiles, frôler l‘arythmie – il tient à m’expliquer, sur un ton indulgent et calme d’initié, des évènements que, dans ma candeur, dans mon ignorance de profane, je suis incapable de comprendre.

Le génocide des mites - il me décrit leur déchirante obéissance au destin, il me cite leurs cris d’incompréhension : «  Mais enfin, pourquoi ? »   « Que s’est-il passé… ?  Nous vivions pourtant en bonne intelligence… »   « Pourquoi nous, Seigneur, ?   Pourquoi nous…? »

Je ne sais pas pour quelle raison, ces dernières paroles de mites m’ont rappelé des questions douloureuses entendues à New York l’année dernière, après un déplacement de DSK entre salle de bains et aéroport.  J’avais les yeux flous de larmes.

Mais il y a tout eu, avant – la grève des fossoyeurs, un palais aux colonnes suspectes dans un quartier has been de Saint-Petersbourg,  une vague de suicides chez les moustiques, le tensiomètre de l’archiduc, l’extinction d’une jeune femme dans une baignoire aux cris de « comme neige au soleil ! »,  les inconsolables de Copenhague qui marchaient sur le ventre de leurs fiancées pour se jeter des ponts de Paris,  la rencontre d’un renne dans le métro, le comité chargé des asperges au sein d’un joyeux club de Saint-Denis –

et même, en version Tolstoï, un détective lancé dans les alpages, le nez sur l’écho sulfureux d’un sabot.

…Des myriades de drames patiemment exposés dans mon oreille tout le long de ma vie, avec une lenteur hitchockienne, une implacable richesse de détails – et quelques judicieux silences philosophiques (le temps que je reprenne mon souffle).

L’autre jour, il m’a expliqué la puissance des loukoums et la portée géopolitique des modes de mastication.

Je suppliais : « arrête ! »

En vain.  Entre fou rire, quinte de toux et pile de Kleenex par terre, j’ai fini par m’insurger :

«  Tu es l’incarnation des pièges ! … De tous les pièges dans lesquels tombent les lapins, les loups - les armées ! »

Je n’ai réussi qu’à le lancer sur la mille et deuxième nuit.







                                                           

















 

dimanche 5 août 2012

HEY JUDE




« …and anytime you feel the pain, hey, Jude, refrain
don’t carry the world upon your shoulder »




MEMORY


La télé conduit la messe.  Et le divan est son autel.

Tout est annoncé comme primordial, sismique, hitchcockien. L’autre jour, les chaînes d’infos entonnaient en choeur la liturgie du prix du gaz - à part CNN qui se fout des factures françaises et la BBC, dont l’oeil britannique est rivé sur le monde (depuis Henry VIII - et probablement avant).

On nous a fait faire le tour du prix du gaz comme d’une scène de deuil – ou d’une scène de crime.  On nous a montré, avec des condoléances feutrées, les casseroles des victimes survolant les flammes bleues avant les coups de poignard qui les attendent en fin de mois.

Comme je suis toujours en train d’essayer de résoudre une équation centrale de mon existence,  que cet effort,  régulièrement vain, me laisse brumeuse et sans défense sur le divan - à la merci des croque-morts fiscaux et des déluges de clichés – je suis tombée en catalepsie dans les accents funèbres du prix du gaz. 

Avant de perdre conscience, il m’a semblé entendre pleurer le destin d’un « volailler » en sursis dans un « pôle frais ».

Demain, Lui Président goûtera une cacahuète à l’étal d’un marchand dans une ambiance de vacances, et le suspense reprendra autour de la cacahuète. Oblitéré, le prix du gaz. Abolis, les séjours de poulets en antarctique.

La mémoire des gens est aussi vide qu’un cendrier quand je ne suis pas là.

(Analogie dommageable.  Tant pis pour moi.)






MEMORY, SUITE

Si quelqu’un est au courant de la fragilité de la mémoire humaine, c’est Barack Obama, qui a construit son ascension messianique en s’appropriant le titre d’un livre écrit par Sammy Davis Junior : « Yes I Can ». Toute la planète a crié au génie et les américains, en larmes d’émotion, ont vu un archange descendre des nuages, dans un halo de miracle.

2008.  Obama en manches de chemise, les bras étendus vers le ciel (qu’il avait recruté pour sa campagne présidentielle)  chantant Martin Luther King : « I have a dream ! » - et les foules de tanguer d’adoration à sa voix, dans un orgasme océanique.

Obama, parvenu à son trône au sommet de la planète, en voyage et en messages divins dans le monde, svelte sous les spotlights devant les foules en transe - le geste grand, l’adjectif choisi, l’inspiration pesée.

…en rhétorique ininterrompue dans les amphithéâtres d’étudiants – seul, verbeux, radieux,  devant les milliers de bouches béantes et de visages fervents.

Un insatiable gourmand de gloire.

Nouvelle dissertation planétaire à l’intention du monde Arabe.  A Stockholm, on est hébété par cette diction impeccable et ce vocabulaire.  Mince, d’ailleurs, le vocabulaire.  Mais immense, l’art de s’en servir. 

On est confondu.  On confond tout – les discours avec les actes, l’intarissable Obama avec Galilée, Einstein, la colombe de Noé.  Ou Fred Astaire.  Il danse sur les esprits évanouis.  Il a tant de grâce. 

(Et de profonde froideur.  Et tant d’amour de lui.)

Trois adjectifs issus de cette élégante silhouette, deux points d’exclamation, et on est bouche bée.  A Stockholm, c’est l’étourdissement.  On titube dans les lauriers.

C’est le Nobel de la paix.

Un halo de plus.

Obama, inaccessible et bienveillant, répand son art oratoire partout dans le monde.

A Berlin, en je ne sais plus quelle année, John F. Kennedy, impuissant à n’être pas charmant, a lancé à la foule massée autour de lui : «  I am a Berliner », soulevant une gigantesque vague d’émotion.

Il me semble bien avoir entendu à Tunis, l’imperturbable Obama annoncer : «  I am a Tunisian… ».

Aucun pillage discret, aucun plagiat de circonstance ne dérange cet élégant opportuniste, concentré sur un but unique : rester assis au sommet du monde.

Je ne serais pas étonnée de l’entendre déclarer à son peuple, avec son cool habituel : « Vous pensez, donc je suis » (je pense, donc vous, on s’en fout - pourvu que vous caquetiez pour moi dans vos réseaux sociaux).

Ou :  « L’état, c’est vous… » (donc, c’est moi).

Ou : « Et pourtant, elle tourne… » (ma ré-élection).

Les Seals fondent sur le Pakistan.  Ben Laden est mouché comme une bougie.  La télé, toujours prodigue, nous balance quarante images d’Obama, attentif, intense, dans la situation room – dans la position exacte du penseur de Rodin. 

Veni, vidi, vici.  César, un subalterne, a trouvé le slogan.


Barack Obama est entré dans l’Histoire - comme le meilleur vendeur que la terre ait porté.  Il s’est vendu à toute la planète, et s’est assis dessus, avec une flûte qui a fait danser les continents.

Il est en train de se revendre, avec sa flûte et sa minceur de danseur.

L’Amérique est plus distraite qu’en 2008.  Plus lasse, aussi.  Mais elle suit déjà, machinalement, le rythme et les refrains.

Normal.  En face de l’artiste Obama, on a quoi ?  Un gaffeur.  Un qui - clong, clong - marche sur toutes les susceptibilités d’Europe et de Navarre.

Un Mitt Romney qui s’est fait incendier de sarcasmes en Angleterre pour avoir trouvé « disconcerting » la préparation des J.O.

No charisma.  Aucun vocabulaire.  Mais du talent pour mettre de l’huile sur le feu.

Mitt atterrit dans le chaudron Israël-Palestine, et là, il pond son explosive définition de Jérusalem : « la capitale d’Israël ».  Déflagration.

Réaction incendiaire des palestiniens et ronrons de désapprobation dans le concert des nations – un orchestre qui brille dans les siestes mentales et les coups de cymbales.

Jérusalem, capitale d’Israël ?  Ah bon ? 

Toute la terre est Alzheimer.  En 2008, année de campagne,  Barack Obama s’agenouillait, débordant d’amour, devant le lobby juif - et clamait que Jérusalem était la capitale d’Israël.

Personne n’a réagi.  Obama émettait vingt trois sons, on pleurait d‘émerveillement.

Dieu, qui a si longtemps fait du farniente dans les nuages de la Chapelle Sixtine, sans un regard pour l’humanité, venait de nommer du doigt son envoyé, le nouveau Moïse (beaucoup mieux habillé que le précédent).  Go down, Barack, let my people go !

(Aux urnes).

Et les juifs, peuple paradoxal dont la crédulité n’égale que le scepticisme, dont l’âme s’émeut soudain aux larmes, ont voté en choeur pour cet homme si disert et si prometteur, qui les aimait tant.

A peine le trône atteint, la couronne, posée, Air Force One sifflé au moindre bâillement du roi de la Maison Blanche, Jérusalem, décapitalisée, était remise à sa place – c’est à dire nowhere.  Et Israël glacialement snobbé.

Les juifs en désarroi, comme d’habitude, sont allés poser des questions peinées à leur interlocuteur bien-aimé, l’Éternel - qui, Lui, était déjà remonté se reposer sur son rocking chair de nuages, au bord de sa piscine Sixtine.

Pendant que les juifs essaient, le plus respectueusement du monde, de réveiller l’Éternel, que Mitt Romney se fait huer d’un pays à l’autre,  Obama assure son trône.

Dans le vide souverain des mémoires.