jeudi 15 août 2013

TIMELINES



je vis hors des frontières du temps

je croise parfois un australopithèque un peu hagard, tapi dans les herbes du commencement, ou un sumérien en graffitis laborieux sur un roc, ou un spartiate froid comme un concombre et armé jusqu'à l'âme

ou Nefertiti elle-même, surgie du Nil comme une sirène, drop dead beautiful - ou Essex l'allumé, pataugeant désespérément en Irlande, ou Héraclite, fasciné au bord de son fleuve, ou le malheureux Maximilien du Mexique que Napoléon III a laissé finir contre un mur comme une écorce de pistache

...ou la reine rousse d'Angleterre, minéralisée dans son redoutable scintillement de diamants, ou Tchaikovsky pleurant entre 2 sexes quelque part en Italie,

ou Molière et Tchekov, le tandem d'enchanteurs - ou Rostand sur son rocking-chair, une  parenthèse sur le nez

ou Arthur Rubinstein, en train de danser comme un elfe dans la rue - ou le poète condamné de la Tour de Londres au nom imprononçable (the day is gone and yet I saw no sun - and now I live, and now my day is done)

ou Montaigne, brillant, malade et mystérieux - ou Wilde, dînant avec son délicieux fantôme de Canterville avant la tragédie 

ou Isaac B, des Singer de Krochmalna street, réfugié en caleçon sur une terrasse nocturne en Israël - le temps que sa maîtresse d'un soir affronte un amant qui venait de faire irruption dans la situation 

...vaguement frissonnant et extrêmement perplexe, en conversation passionnée avec l'Éternel et un cafard égaré le long d'un mur, avec lequel il est bouleversé de se découvrir un lien de parenté 



ou des centaines d'autres envolés au-dessus des nuits de l'Histoire, que l'intensité de leur passage dessine dans le temps en silhouettes lumineuses

ils sont très indépendants, parfois perchés sur des reflets d'étoile, un peu à la Spielberg, inlassablement diserts et créatifs - comme dans une sorte de Paris spatial des années 30 

et souvent, soudain, ils sont devant moi, détendus, assis à ma table à la terrasse d'un café ou flâneurs dans mon appartement - un peu décoiffés ou dépoitraillés (par le voyage?), si vivants que je pourrais saisir leur poignet et sentir les frissons dans leurs veines

je ne serais même pas étonnée de voir un ptérodactyle - un animal familier - voler au-dessus de la place Bellecour à Lyon

tandis que Socrate, effondré sur un banc à côté d'une bouche métro - échappé à sa harpie de femme, tenterait de reprendre son souffle et ses idées 







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