l'autre jour j'étais presque toute seule dans une salle d'attente
non loin de moi, dans la longue rangée de chaises, il y avait un homme âgé, buriné, serré à craquer dans son jeans, une sorte de cow boy des chantiers
nous attendions dans un silence pieux, nos papiers à la main
dans la distance on entendait le brouhaha d'un secrétariat pris d'assaut
soudain, bombardement
c'est la lu-utte fina-le...
silence en miettes, chaises couchées comme sous un grand vent
l'Internationale explosait dans la salle d'attente, fracassante, bramée en chœur, à pleins poumons, sur fond d'orchestre tonitruant
du secrétariat au fond du couloir, on a entendu des cris de scandale: "mais enfin...? qui est-ce qui chante?"
c'était le portable mon voisin, en version haut parleur
comme je réagis toujours de travers, je lui ai adressé un sourire enchanté - qu'il m'a rendu avant de sortir en courant, essoufflé, tout rouge et contrit, son portable sur l'oreille
je l'ai entendu moucher l'Internationale dans le couloir
le silence s'est fait dans ce lieu hautement respectable
je suis resté naufragée sur ma chaise, un œil somnolent sur mes papiers
avec, quand même, le sentiment que ce matin-là, le destin m'avait fait une fleur
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