mercredi 9 avril 2014

C'EST LA LUTTE FINALE


l'autre jour j'étais presque toute seule dans une salle d'attente

non loin de moi, dans la longue rangée de chaises, il y avait un homme âgé, buriné,  serré à craquer dans son jeans, une sorte de cow boy des chantiers

nous attendions dans un silence pieux, nos papiers à la main

dans la distance on entendait le brouhaha d'un secrétariat pris d'assaut

soudain, bombardement

c'est la lu-utte fina-le...

silence en miettes, chaises couchées comme sous un grand vent

l'Internationale explosait dans la salle d'attente, fracassante, bramée en chœur, à pleins poumons, sur fond d'orchestre tonitruant

du secrétariat au fond du couloir, on a entendu des cris de scandale: "mais enfin...? qui est-ce qui chante?"

c'était le portable mon voisin, en version haut parleur

comme je réagis toujours de travers,  je lui ai adressé un sourire enchanté - qu'il m'a rendu avant de sortir en courant, essoufflé, tout rouge et contrit, son portable sur l'oreille 

je l'ai entendu moucher l'Internationale dans le couloir

le silence s'est fait dans ce lieu hautement respectable

je suis resté naufragée sur ma chaise, un œil somnolent sur mes papiers 

avec, quand même, le sentiment que ce matin-là,  le destin m'avait fait une fleur


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