à propos d'un texte d'Albert Camus, cité sur Facebook, dans lequel il dénonce l'antisémitisme des Français:
entre parenthèses, je ne sais pas pourquoi on se sent tenus de démontrer constamment, en citant cet homme bouleversant qu'était Albert Camus - ou Mark Twain ou Tolstoï - or whomever
...que les juifs ne sont pas ceci ou cela, vous voyez bien - qu'Israël n'est pas ceci ni cela, on va vous expliquer, vous allez comprendre...
comme si on agitait des bons points, des laissez-passer
comme si on criait au monde: regardez ! nous sommes des gens bien - même Untel l'a dit ! il ne faut plus nous mettre au coin...
nous, les diasporéens, on est tout le temps ulcérés devant un imbécile qui crache son venin, blessés au cœur par un article suave et teigneux dans les médias
encore - et toujours - exaltés et presque à genoux de gratitude quand quelqu'un (n'importe qui) nous informe, dans sa clémence exceptionnelle, que, selon lui, on a le droit de vivre
nous, les diasporéens - on est en cristal, en battements de cœur perpétuels dès qu'il s'agit d'israël
Israël, on en suffoque de fierté et d'amour
et on n'est pas foutus de suivre son exemple
Israël ne dit pas "s'il vous plaît" - il connaît l'inanité de la formule
cool, Israël
il ne dit pas non plus "écoutez, en fait, je suis très fréquentable, aimez-moi..." - il connaît l'amour de son prochain
Israël vit perché sur sa virgule et armé jusqu'aux cils, littéralement au nez et la barbe du monde entier - au milieu des huées internationales, des condamnations, des sanctions ineptes, des crachats, des graffitis, des drapeaux incendiés et des concerts permanents de cris de mort - avec un flegme qui doit sidérer l'Éternel
quand même
on est des poètes
on s'est trouvé un père en plein ciel, on a ouvert une mer comme une grenade, effondré un mur en 3 notes de jazz, dialogué avec une montagne, chanté, créé, écrit contre vents et marées - dans le ravissement ininterrompu de cette voix qui nous tombait des nuages
(et qui nous a pas mal étourdis)
on est des vétérans de l'enfer
on a traversé l'Histoire - et sa gueule béante de crocodile - comme des acrobates, faufilés de stetls en Judenstrasse, voûtés, discrets, terrifiés, indomptables, avec des violons magiciens et des sourires iconoclastes
on a même émergé, frissonnants, blancs comme des nénuphars - et invaincus - des eaux sanglantes de la Shoah
on est des athlètes
il faut toujours qu'on fasse les pitres, qu'on agite nos références et nos lettres de recommandation ?
je ne sais plus si c'est Francis Bacon, Disraeli, Agnes Something, Charles 1er d'Angleterre - qui a mal fini (je ne sais pas pourquoi, je ne digère pas sa mort - mais je ne digère même pas la mort d'un mammouth: j'ai plus de 3 millions d'années de problèmes )
...ou le général Sheridan, froid comme un concombre, qui était loin d'être juif et qui a fait massacrer tous les buffles d'Amérique pour affamer les Indiens - qui a dit:
never apologize, never explain
chaque juif devrait avoir ces mots en fond d'écran sur son iPhone

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